Site de Roger Dadoun Publications, articles, livres …

payday loans
payday loans

avril 30, 2009

COUP DE GUEULE Cas Nadeau – ou Kafka ?

Filed under: Société — Roger Dadoun @ 11:06

Vingt fois sur le métier,

Remettez votre outrage

POLICEZ-le sans cesse

Et le rePOLICEZ[1]

D’après Boileau, critique littéraire

Ceci – la sommation par voie d’huissier publiée ci-dessous – n’est pas une affaire personnelle. Le cas Nadeau, aussi déraillant et « nada » (formule d’Etiemble) soit-il, n’a rien – ou si peu – à voir avec une pub canada dry. Certes, trois personnes (drei) y sont impliquées : Maurice Nadeau (MN), directeur de La Quinzaine littéraire (QL), critique et éditeur ; Armando Verdiglione (AV), psychanalyste, écrivain, éditeur, et Roger Dadoun (RD), lié aux deux précédents par des liens avant tout professionnels (associé à diverses formes de publications, périodiques et ouvrages, en tant qu’auteur, éditeur, critique et producteur) – mais néanmoins « amicaux ». Edmond Jabès, subtil écrivain, n’apparaîtra, quelques minutes, dans un café, que pour figuration, par ailleurs fort conviviale.

Un cas en point de capiton

Intégrant ces liens personnels d’une manière qui n’est pas sans évoquer Kafka (sous le signe de cette kafkaïenne énigme : « mais de quoi s’agit-il ? » – un Procès apporterait-il sur ce point quelque lumière ?), le cas Nadeau se trouve être au point de recoupement, noueux point de capiton, de plusieurs facteurs : psychologiques, oscillant de la conscience la plus abstraite à l’inconscient le plus retors ; politiques, du « trotskyste impénitent », ex-stalinien, et signataire assidu (MN), à l’organisateur de rencontres et congrès accueillant de multiples « dissidences » et personnalités (AV), en passant par un auteur indépendant (RD) ; socio-économiques, avec rémunérations (dérisoires, voire nulles s’agissant de prestations, articles ou droits d’auteur), revenus et patrimoine s’inscrivant sur une échelle de fortune allant de l’assez beaucoup (AV) à l’assez peu (RD) en passant par l’assez (MN); culturelles, telles que milieu, éducation, formation, relations, idéologies, adhésions et adhérences accusent de très sensibles différences, atténuées ou masquées par des objectifs communs ressourçant les liens ; juridiques, s’il est vrai que s’impose, par delà une déontologie en flou artistique (c’est « l’artiste » qui est floué !), une jurisprudence prescrivant un minimum de règles éthiques dans les relations relevant du travail d’écriture, sous quelque forme et à quelque place que ce soit – mais surtout du travail non rémunéré, car c’est là que le rapport est le plus trouble.

Une action d’actionnaire

« Au commencement » (Berechith) fut l’action intentée par un des actionnaires de la QL, AV, marri du fait que le directeur MN n’avait pas tenu ses engagements envers la revue Spirali, fondée et dirigée par AV – engagements dont la QL, dans son n° 301, 1-15 mai 1979, rendait compte en ces termes : « La Quinzaine littéraire a conclu avec Spirali, « giornale internazionale di cultura », un accord de réciprocité sur les plans de la rédaction, de la publicité, d’aide à la diffusion. » Aucun des dits « plans » ne trouva la moindre place dans la QL. Aux sollicitations de son partenaire italien, MN répondit par un de ces silences obtus dont il a, c’est le cas de le dire, le secret (ma triste expérience en témoigne). AV s’adressa à la justice pour récupérer ses parts – ce qui mettait la QL, toujours au bord de la faillite, en mauvaise posture. Les intellectuels mirent, eux, la main, non au portefeuille (ça se saurait), mais au bout du poignet (ça se sut), pour signer des pétitions dénonçant pieusement le coup laid du Milanais. J’eus à intervenir. J’organisai une rencontre, l’affaire fut réglée en trois minutes devant des consommations réglées par AV.

Peu de temps après survint la satanique surprise, dont je fus, par hasard, informé par un lecteur surpris : mon nom avait disparu du comité de rédaction de la QL ! (« Vaporisation », dirait Orwell).

Mes demandes d’explication – d’abord verbales (MN : « tu es le bienvenu à la QL, mais pour le comité, on verra »), puis écrites, puis adressées par mail (à Anne Sarraute, la trop « fidèle secrétaire ») et par lettres recommandées avec accusé de réception – se heurtent au mutisme obstiné de MN. Or, dans son récent entretien[2] au Monde, il revient, par la bande, sur le sujet, mais pour, bardé de mauvaise foi, produire un mensonge par omission – occulter RD en attribuant à Jabès (qui, mort en 1991, ne peut rétablir la vérité), un rôle que l’auteur des Livres n’a jamais tenu.

Une jurisprudence !

MN n’a, à ce jour, jamais contesté la moindre de mes observations. Qu’un directeur de revue subventionnée, critique chevronné, démocrate affirmé encore que « trotskyste impénitent » (entretien au Monde), puisse commettre, à l’endroit d’un collaborateur appelé « ami » (son mot favori pour me désigner) de longue date (plusieurs décennies), un acte aussi aberrant, arbitraire, blessant, diffamatoire, sans que cela suscite par ailleurs la moindre interrogation des membres du comité, des lecteurs, des collègues et « amis », voilà qui – tout en requérant, pour l’analyse des sources, raisons et motivations d’une telle mauvaise action le recours à Freud (pulsion de pouvoir), Melanie Klein (envie), Wilhelm Reich (cuirasse caractérielle) etc. – en dit long sur le tissu de vilénies, truanderies, escroqueries, rivaleries, pleutreries, polissonneries, pleurnicheries, merderies, putasseries, veuleries, mensonges, bassesses, obscénités (coup de gueule de bois !), dans lequel notre admirable culture, « que tout le monde nous envie », taille ses malodorants sous-vêtements. Péguy, auteur éditeur journaliste, qui savait ce qu’il en était de la « pornographie » galopante, parlait de « désastre de la culture ».

MN n’a pas jugé bon de publier la sommation présentée par huissier, pourtant simple constat des faits. Peut-être reviendra-t-il alors à la kafkaïenne justice, serait-elle « bourgeoise » comme ils disent, de projeter un peu de lumière sur ce banal et « étrange » cas MN – propice à faire jurisprudence ?

Sommation

À Maurice Nadeau,

Directeur de La Quinzaine littéraire,

À propos du « renflouement » du journal

Paris, 1er juin 2008

Cher Nadeau,

Je souhaite que soit publiée dans La Quinzaine littéraire l’information suivante :

Dans une page du Monde daté du 24 février 2006, qui t’est consacrée, tu évoques les gens qui sont venus « en aide » à La Quinzaine littéraire, et tu cites notamment « le richissime psychanalyste Armando Verdiglione qui l’a renflouée, Edmond Jabès, quand l’étrange Italien a voulu reprendre son argent…». Cette formulation relève de l’oubli, de l’erreur ou du mensonge. C’est par ma seule intervention que l’ « étrange Italien » a accepté de renoncer à son action en justice. Voici la version exacte et complète des faits, que tu n’as jamais contestée :

Au cours d’un entretien amical chez toi, 8 rue Malebranche, Paris Vème, tu m’informes que la procédure engagée par Verdiglione pour le remboursement de ses parts dans La Quinzaine littéraire entraînerait la disparition du journal. Je te suggère d’en parler avec Verdiglione. Tu refuses, mais acceptes que j’intervienne. J’organise une rencontre le 27 octobre 1983, à 10h du matin, au café Le Grand Cluny, à Paris. Tu arrives avec Edmond Jabès, que tu présentes comme « témoin » ( ?). D’emblée, comme prévu, Verdiglione, à ma demande, déclare renoncer à « reprendre son argent ». Affaire réglée. Je rédige sur le champ un procès-verbal de la rencontre, publié dans Le Monde (et dans La Quinzaine) :

LE DIFFEREND ENTRE LA QUINZAINE LITTERAIRE et l’un des actionnaires qui demandait le remboursement de ses parts au risque de compromettre l’avenir de la publication est heureusement réglé. Un communiqué commun, signé par MM. A. Verdiglione, M. Nadeau, R. Dadoun et E. Jabès, annonce en effet qu’« à la suite d’un réexamen de la situation, qui a permis de lever un certain nombre de malentendus, la S.A.R.L. Spirali, représentée par M. Armando Verdiglione, renonce à toute action judiciaire contre la Quinzaine Littéraire et ne demande pas le remboursement des parts qu’elle détient dans la société éditrice de La Quinzaine Littéraire ».

Jabès n’est en aucune façon intervenu, et s’est contenté de signer le communiqué. Je suis le seul artisan de l’accord intervenu entre Armando Verdiglione et toi, accord qui a permis la survie de La Quinzaine littéraire.

Ta présentation faussée des faits – publique et renouvelée – me porte un grave préjudice. Après m’avoir – effet inattendu du « renflouement » de La Quinzaine littéraire – éliminé du comité de rédaction, tu as répondu à mes demandes d’explications par un mutisme complet, laissant ainsi planer doute et suspicion.

En conséquence, je demande la publication de la présente mise au point dans le n° du 30 juin ou du 15 juillet 2008 de La Quinzaine littéraire, et me réserve le droit de recourir aux voies légales.

Je te prie de croire à mes sentiments les meilleurs.

Roger Dadoun

[1] Ce petit quatrain lutrinant, parodiant Boileau, servait d’exergue à une interprétation « policée » du cas Nadeau que j’avais publiée dans une jeune revue se réclamant de l’École de Francfort, X-Alta, n°6, oct. 2002, dossier : Police et corps du texte. Mon article avait pour titre : « Tous ces textes qui n’ont pas pris corps… Vingt ans durant, une triste « histoire » drôle ».

[2] Il ne s’agit pas, au sens propre du terme, d’un « entretien ». Le Monde ne s’est pas déplacé pour interroger, « interviewer » MN. C’est Michel Contat, collaborateur épisodique du quotidien, qui a suivi MN à l’université de Jussieu Paris VII, puis au bureau de la QL. À Jussieu, MN est invité à évoquer, devant des étudiants de l’école doctorale « littérature au présent » dirigée par Francis Marmande, ses relations avec divers auteurs et sa conception de la littérature. Il se trouve que je suis moi-même, en tant que professeur de littérature comparée à l’université de Jussieu, rattaché à cette école doctorale, devant laquelle j’ai eu par ailleurs l’occasion de m’exprimer. Je regrette de n’avoir pas été invité – la séance aurait sans doute été moins « culte » et moins « petite voix ». À la QL, en présence d’Anne Sarraute, « la discrétion même », Michel Contat se contente d’enregistrer quelques propos de MN, dont celui que je conteste. Connaissant, et même amicalement, Francis Marmande et Michel Contat, je leur ai fait part des rectifications et précisions qui s’imposaient. Aucune réponse. Sévère est la contagion mutique. (Et même la mort d’Anne Sarraute, amie chère, je ne l’ai apprise incidemment que par un ami libraire !)

Publié dans Cultures & Sociétés, Sciences de l’Homme, n° 10, avril 2009, rubrique « Coup de gueule ».

Rectificatifs

Pour Gisèle… et Kafka

Le titre d’un article ne constitue pas à mes yeux une banale annonce ou une aguicheuse accroche, il fait partie intégrante du texte, il en ex-alte l’esprit même, au moins y aspire-t-il. Pour les deux articles publiés dans le dernier numéro de Cultures & Sociétés (n°10, avril 2009), le titre a été modifié, ce qui tend à déformer l’esprit des textes. Je rétablis donc les titres tels que je les ai donnés.

Dans la rubrique SI TU T’IMAGINES, le titre exact est :

D’amour et de lombalgie

pour Gisèle

Le « pour Gisèle » n’est pas une banale dédicace, glissée presque à la sauvette sous le nom de l’auteur, il est un élément moteur du texte, il fait partie intégrante du titre et doit y avoir sa juste place. Par ailleurs, une note a sauté, que je rétablis en P.S. :

P.S. Ô génie de l’enfance : tandis que je m’acharnais à chercher rime à « isocèle », Gisèle, maintenant sept mois, me l’offre avec son corps : elle se met à faire une … Varicelle ! Et voici qu’entre temps, nous naît une autre petite-fille, Daphné. Age : deux jours : je la prends dans les bras – terrifiante fragilité d’un bébé, qu’est-ce que ça devait être, au Pléistocène ! – et elle me regarde intensément, et déjà, déjà en vérité, questionne, questionne.

]

Dans la rubrique COUP DE GUEULE, il importe de rétablir la signature, «Roger Dadoun », sous le titre, lequel, s’écrit exactement :

Cas Nadeau – ou Kafka ?

Le Kafka doit être nettement séparé de « Cas Nadeau », à la fois par un tiret et par l’italique du corps. Il ne saurait être question que le mot « cas » puisse être attribué ensemble à « Nadeau ou Kafka » – il ne manquerait plus que ça, ce serait fort de café ! Le minuscule « cas Nadeau », si cas y a, fait partie de ces innombrables filets rumoreux (la « peste émotionnelle » de Reich) que l’on a coutume de ranger sous l’ombre auguste et illuminatrice de Kafka.

P.S. La typographie nous offre, avec ses italiques, gras, CAPITALES, -, …, etc., des techniques visuelles pour affiner notre propos – usons-en !

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article. TrackBack URL

Écrire un commentaire

*

Powered by WordPress