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octobre 15, 2013

Péguy à Chartres Août 2013

Filed under: Charles Péguy — Roger Dadoun @ 5:03

      La revue Cultures & Sociétés, Sciences de l’Homme tient ses journées annuelles, samedi 31 août et dimanche 1er septembre 2013, à Chartres, sous le “patronage” de Péguy. J’ai constitué à cet effet, dans le numéro 27, juillet 2013, un “dossier” dont j’indique ci-dessous le contenu. Nombre de textes font références ou allusion à Péguy. Il m’a semblé opportun de les encadrer par deux textes consacrés directement à Péguy: “Pour l’établissement de la République socialiste universelle”, que je qualifie de “Manifeste”, et “Présentation de Charles Péguy à Notre Dame de Chartres”. (R. D.)

 

LE DOSSIER DU TRIMESTRE : RÉVOLTES, RÉSISTANCES – RÉPARATION !

 

sous la direction de Roger Dadoun

 –  « Pour l’établissement de la République socialiste universelle » (Péguy). Manifeste. Roger Dadoun

 

–  La véritable résistance est celle de la pensée. Cheminer avec Simone Weil. Jean-François  Gomez

 

  « L’invention de Jésus » : atelier de rétroversion-réparation.  David Dadoun

 

 –  De la révolte de Gros-Câlin à la révolution de Ludwik Zamenhof : l’Espéranto, langue de résistance.  Marielle Giraud

 

–  La philosophie résiste, la philosophie répare.  Giovanni Invitto

 

–  Wilhelm Reich : vivre, c’est résister.  Jacques Lesage de La Haye

 

–  Émile Masson : un résistant ordinaire.  Didier Giraud

 

–  Habiter. Réparer. Résister.  Pascal Dreyer

 

–  La pensée de la différence sexuelle comme résistance.  Marisa Forcina

 

–  Des Clefs, pour quelle médecine ?Paul Benaïm, entretien avec Roger Dadoun

 

–  Silence de résistance.  David Le Breton

 

–  Présentation de Charles Péguy à Notre Dame de Chartres.  Roger Dadoun

 

 

 

 

 

 

                                                  

 

                                                 Pour l’établissement

 

      de la  République socialiste universelle”

 

 

 

         Manifeste                                                                                                        

 

      

 

Toute l’oeuvre de Péguy, toute l’existence de Péguy, toute la métaphysique de Péguy, toute la religion et toute la vision du monde de Péguy tiendraient en ces trois mots : “République socialiste universelle”. Ce syntagme ou triptyque s’inscrit dans la dédicace qui ouvre sa première grande oeuvre de 1897, Jeanne d’Arc (un fort volume in 8° de 752 pages, comportant “trois pièces” substantielles). Péguy n’a que vingt-quatre ans, il n’a pas encore créé les Cahiers de la quinzaine, à portée audacieusement internationaliste. Il s’adresse “A tous ceux et à toutes celles qui auront vécu leur vie humaine,  A tous ceux et à toutes celles qui seront morts de leur mort humaine…”. Tous-ceux-toutes-celles  : c’est l’entière humanité, d’hier, d’aujourd’hui, de demain. Une humanité en plénitude d’elle-même mais toujours grosse d’elle-même, qui vit d’une “vie humaine”, qui meurt de “mort humaine” – une humanité qui se suffit à elle-même, n’a que faire de s’adresser à d’autre qu’à elle-même, et n’a pas d’autre fin, in fine,  que d’oeuvrer “pour l’établissement de la République socialiste universelle” – engagée ou emportée qu’elle est dans un combat contre le “mal universel”, vu que “mal” il y a ou, pire, malheur-misère-détresse- déréliction d’être, auquel nul être humain n’échappe, d’où qu’il vienne, où qu’il aille.

 

Ces trois mots d’ouverture et d’appel sont les trois piliers, inébranlables pivots, nécessaires et suffisants, de toute Construction humaine  – il n’y en a pas d’autres! Sur eux reposent, pour peu qu’ils soient loyalement exercés, humainement vécus, ardemment défendus et protégés,  les mouvements les plus créateurs de la condition humaine. C’est dans cette perspective radicale et limpide de “l’établissement de la République socialiste universelle” qu’il nous est apparu rationnel et passionnant d’adopter pour titre du présent dossier, les affinités des contributions convergeant, cet autre triptyque ayant force dynamique, allègre densité et large amplitude : Révoltes, Résistances – Réparation.

 

“République” : nul régime ne peut se mesurer à elle, pour peu qu’elle parvienne – rares et surprenants moments d’une histoire prise au piège de ses distractions – à être ce qu’elle est, c’est-à-dire participer à l’être admirable et sublime de l’homme : son être individuel, en ce qu’elle s’efforce ou promet de le faire accéder à sa pleine conscience et sa non-envieuse autonomie; son être collectif, qu’elle porte inscrit en son nom, res publica, la chose publique, l’organisation rationnelle et loyale (régie par la Loi) d’une société qui se soucie de demeurer ouverte, de n’exclure nul “étranger” (principe même de la “cité harmonieuse” selon Péguy); son être métaphysique, qui se nourrit inévitablement de sa propre durée et de sa perception d’une continuité temporelle où tout être humain se sent (c’est l’instinct grégaire originaire de l’espèce) indivisible de tous les autres, les vivants et les morts, dans une chaîne génésique-généalogique que la Bible, par exemple, se plaît à étirer en fabuleux colliers de famille tout clinquants de gais ébats et joyeux éclats – éclateraient-ils dans le sang. Que la République soit le système le plus fondamentalement humaniste qu’on puisse imaginer, il suffit de voir comme, à travers massacres et crimes, elle persévère saintement et n’a de cesse de renaître de ses cendres, et comme  ses plus féroces ennemis, aussi bardés d’armes soient-ils, s’arment de son nom et s’en font parade pour la plus salement assassiner.

 

“Socialiste” : la “République” n’est vraiment telle que pour autant qu’elle entre et persévère en “socialisme”. Le “Socialisme” se définit comme reconnaissance loyale de la liberté, garantie par un droit rationnel acharné à tenir en laisse les rapports de domination et d’exploitation; comme répartition vigilante et mesurée des travaux et des biens, avec la garantie qu’on laissera les gens “tranquilles” – tranquillité d’âme et de corps qui était pour Péguy la vocation même de la République; comme attachement passionné à la connaissance et à l’amour – soit cet exact duo : amour de la connaissance et connaissance de l’amour.  “Ce beau nom de “socialiste”” (Péguy) n’a cessé de se défendre et de lutter contre les appropriations abusives, les détournements crapuleux, les manipulations mortifères – c’est dire, et Péguy le dit, que la démocratie ne peut être elle-même et se défendre et durer qu’en se faisant “système de guerre”.  Encore le poète n’a-t-il pas connu (tué qu’il fut d’une balle dans la tête, comme par anticipation, sur l’un des premiers affrontements de la grande boucherie de 1914), ni même vraiment pressenti, en dépit de sa sensibilité prophétique, les deux plus énormes infamies du XXème siècle, nazisme et stalinisme, et autour d’elles et en leurs séquelles les diverses modalités de fascismes et dictatures qu’unit le même mot d’ordre lancé par le général franquiste Millan Astray: “Viva la muerte”(Vive la mort).

 

 “Universelle” est inséparable de “socialiste”. La formule, qui fit un temps florès dans les milieux communistes staliniens, de “socialisme dans un seul pays”, a engendré les pires désastres que l’humanité ait connus. La “République socialiste” se donne pour tâche, sans relâche et sans concession, de défaire et de battre en brèche les nationalismes et patriotismes impénitents fauteurs de guerre, les particularismes, communautarismes et gruppismes (mafias, bandes) politiques, religieux et idéologiques qui, exploitant, détournant, dénaturant les rapports légitimes de tout être humain à un bout de terre natale et à une collectivité de premier accueil,  sont semences et efflorescences de haine meurtrière et d’exclusion assassine. Il est frappant de constater avec quelle exigence et quelle espèce inattendue de nécessité l’humanité aujourd’hui tend vers cet universel – même si ce n’est encore que pour barboter et misérablement se noyer dans les eaux polluées de la mondialisation. Par la voix de Jeanne, treize ans, porte-parole-porte-étendard, Péguy martèle ce qui est sa plus fondamentale, spirituelle et charnelle et viscérale obsession : son refus radical, son horreur de tout ce qui est damnation. Jeanne donne et son corps et son âme pour “les corps des morts damnés s’affolant de souffrance”, pour “les âmes des damnés s’affolant de l’Absence”. Péguy étant notre plus proche contemporain, ce qu’il prononce là d’une voix paroissiale ( sa défense et illustration de l’“apocatastase”, de toute “damnation”) peut s’entendre en termes modernes : “Debout les damnés de la terre” – “L’Internationale sera le genre humain.”

 

            Ce qui hier fut dédicace, juvénile, résonne aujourd’hui tel un manifeste, en ce bas monde frappé de maturité blette et de torse sénilité, qui n’a en rien “changé de base”. Manifeste que nous, enfants, ados ou quasi centenaires,  revendiquons et prenons résolument à notre compte. Tout le dossier ici présenté, qui s’efforce d’éclairer quelque peu les trois termes génériques du titre général – Révoltes Résistances  Réparation –, tient dans la puissance inaltérée et l’inépuisable fécondité de cette triple flèche : République socialiste universelle. Toutes nos détresses et toutes nos espérances y ont leur place – qui la récuserait ?  Elle est la voie politique impérieuse, notre véritable lieu d’être, abri au milieu de tant de ruines, voie existentielle sensible émergeant au coeur des malheurs et des souffrances – prunelle de nos yeux, baiser de nos lèvres, Voie Vérité Vie au plus près des “damnés de la terre”, de tous ceux qui vivent de leur vie humaine, de tous ceux qui meurent de leur mort humaine – comment renoncerait-on aux Révoltes, Résistances – Réparation?

 

             

 

 

 

 

 

 

 

 Présentation de CharlesPéguy à Notre Dame de Chartres

 

Haute Dame que célestement empalent les plus hautes flèches, veuille sur lui veiller.

 

             En tête de son plus immense poème, Ève (1913), après le petit “Jésus parle” perdu dans la blanche nue d’une première page, il écrivait ceci : « O MÈRE ensevelie hors du premier jardin ». Il est donc primordialement fils, celui qui fait entendre la voix vive (parle), qui est croisée, croix croisant voix de dieu, humaine (ce Dieu de Péguy qui « cause » en paroissien et qui, dans Le Mystère des Saints Innocents, 1912, se dit et se redit « bon chrétien », « bon Français » – dites donc ! ) et voix d’homme, divine (s’adressant, dans Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu, 1912, aux enfants des hommes, Péguy frappe du poing sur les « êtes » : « Réellement vous êtes des enfants Jésus », « tous des enfants Jésus ». « vous êtes des enfants Jésus »…). Lui, Péguy, fils en perte de père (son père menuisier meurt quelques mois après sa naissance en 1873), ne peut que se sentir solidaire de Jésus (fideli fidelis, annonce-t-il à l’ouverture d’Ève) – mais singulièrement d’un « Jésus homme », d’un « Jésus juif ». Le Jésus transfiguré dieu par le christianisme est retransfiguré, refiguré, récupéré juif par Péguy : judaïsme dans le christianisme ! Le christianisme de Péguy, si l’on peut parler ainsi, ne succède pas au judaïsme, ne prolonge pas, ne dépasse pas, n’évince pas, « n’accomplit  pas» le judaïsme – il est, au contraire, une forme de retour à la pensée des premiers chrétiens-juifs (ces « chrétiens-juifs-hébreux » « conservateurs » que restaure fidèlement Dubourg) : fidélité à une ancestrale tradition juive, conservation de cette tradition juive étonnamment vivace, incroyable, qui, à travers manques des fidèles à Dieu et manques de Dieu à son peuple,se tient sur le fil du rasoir (celui du sacrifice d’Isaac, ce primo-sacrifice, mis en suspens et geste fondateur de l’Alliance d’Abraham) en s’acharnant, effarant paradoxe du leit motiv biblique,  à vouloir « accomplir les  Ecritures » dans l’exercice même de leur inaccomplissement.

 

                                                Horreur de la damnation

 

 

Les lectures de l’œuvre de Péguy lui plaquent à qui mieux mieux le label « chrétien » : poète chrétien, écrivain chrétien, penseur chrétien – on ne le voit plus qu’au travers de cette grille, qui l’incarcère: du christianisme sauce latin de cuisine. Courent se perdre dans les bleuités angéliques d’un ciel pater noster les propos virulents que tient le poète sur le christianisme dans un texte que l’on  s’empresse de qualifier de « jeunesse », et qui, il est vrai, ne demande qu’à être pris en grippe, puisque c’est le troisième dialogue socratico-platonicien de l’époustouflant tryptique De la grippe, Encore de la grippe, Toujours de la grippe, 1900 – bon démarrage sur trois roues pour tout notre XXème siècle et notre neuf XXIème, avec la cinquième roue du carosse progressiste (tout ça fait tacot, pour sûr, mais qu’y faire?). Le raisonnement du « pauvre Péguy » grippé face au « citoyen docteur moraliste révolutionnaire » est, lui, d’une simplicité biblique : horreur suprême de la « damnation ». Qu’une quelconque partie de l’humanité puisse être maudite pour l’éternité, in saecula saeculorum, subir un enfer éternel, cela dépasse tout entendement, c’est d’une absolue absurdité – Péguy le récuse absolument, dans un geste primordial de révolte. Posture de rejet, nommée d’un terme helléniquement théologique : « apocatastase ». Or la « damnation » fait partie intrinsèquement du christianisme, c’est un de ses axes dominants, référence obsessionnelle en textes, discours, figures, images, structures d’âme en témoignent – à en mourir (pour ressusciter, certes).  Péguy y revient sans cesse, avec  âpreté, hargne, épouvante. Dit en termes freudiens, il voit là l’exercice même, le visage même de la pulsion de mort, le faciès horrible de thanatos.

 

Propos édifiants, si l’on peut dire. Que dit le « citoyen » et bon docteur à son patient Péguy, qui est aussi son alter ego, dont il porte la parole ? « Un bon chrétien doit manquer d’un certain attachement profond à la vie, animal, et je dirai presque d’un enracinement végétal. » Le christianisme « n’est qu’un semblant de la vie, une image grossière, une étrange combinaison d’infini déraisonnable et de vie assez malade. J’irai jusqu’à dire qu’il est une contrefaçon, une malfaçon de la vie. » L’idée de  « souffrance éternelle » étant au principe du christianisme, il réagit en ces termes : « Je m’attaquerai donc à la foi chrétienne. Ce qui nous est le plus étrangère en elle, et je dirai le mot, ce qui nous est le plus odieux, ce qui est barbare, ce à quoi nous ne consentirons jamais, ce qui a hanté les chrétiens les meilleurs […], c’est cela : cette étrange combinaison de la vie et de la mort que nous nommons la damnation. […].  Ne consentira jamais à cela tout homme qui a reçu en partage, ou qui s’est donné l’humanité. Ne consentira jamais à cela quiconque a reçu en partage ou s’est donné un sens profond et sincère du collectivisme. Ne consentira pas tout citoyen qui aura la simple solidarité. Comme nous sommes solidaires des damnés de la terre : / Debout ! les damnés de la terre. / Debout ! les forçats de la faim. » (Œuvres en prose complètes, I, Toujours de la grippe, p.462-464).

 

                                   Un désir de terre humaine

 

 Cela dit, qui est incontestable et sur quoi Péguy ne reviendra pas (qui n’hésite pas à affirmer que l’ « on n’est pas un homme si dans la vie on’a pas une fois tout remis en cause») – considérable, presque hallucinante est la charge en religieux que véhicule l’œuvre de Péguy. « J’éclate tellement dans ma création », dit Dieu, dans les premières lignes du Porche du Mystère de la Deuxième Vertu. Péguy pourrait en dire autant, à sa manière : « Moi, Péguy, j’éclate tellement dans ma création », dans la création de mon œuvre (dans mes écritures) et dans ma création ou re-création chrétienne – et christianisme d’éclater, et christianisme d’exploser. On trouve chez lui nombre de références théologiques précises et soutenues, pour l’essentiel d’abondantes et longues citations de l’Ancien comme du Nouveau Testament, mais ce qui s’expose avec le plus de force et d’originalité sur son versant religieux, ce sont les figures divines traitées de façon singulière. Dieu le père est un dieu familier, causant, encore plus paternel et humain que véritablement divin ; Jésus est « fils de Dieu », certes, mais plus encore « fils de l’homme », plus ancré en terre qu’en ciel ; la « Sainte Vierge », serait-elle « infiniment reine », trônant en souveraine Notre Dame des plus prodigieuses cathédrales, est avant tout mère maternelle – « une pauvre femme, une misérable femme, une pauvre juive de Judée ».

 

Les célestes figures divines, ainsi humainement traitées (c’est l’essence même des écrituresde Péguy), sont aussi proches que possible de l’homme, de la terre, de la terre humaine – des « damnés de la terre » (Y a-t-il plus « damné de la terre » que Jésus ?). Comme aussi appartiennent à la terre le corps associé à l’âme, le charnel associé au spirituel – «le spirituel est lui-même charnel ». Aussi présentes et saint-esprit soient-elles, les figures divines semblent être animées d’un furieux désir de terre humaine, happées par la terre. Dans la vision religieuse, l’homme désire Dieu, recherche sa présence et son contact (prière, étude,  solitude avec lui), jusqu’à se fondre mystiquement et s’abîmer en lui. La mystique est densément présente chez Péguy, mais elle est d’une texture plus humaine, plus terrestre que divine (terrienne, terreuse,  adamique, dirions-nous : retour à Adam le premier homme, de adamah, la terre).

 

                                          Homme d’écriture (s)

 

 Quand la « Sainte Vierge » quitte sa fonction de mère misérable et miséricordieuse, c’est pour figurer en cathédrale, prendre corps en un édifice de pierre solidement enraciné en terre – flèche et élan visant le ciel : Notre Dame de Chartres, Notre Dame de Paris. « Nous naviguons vers votre cathédrale », écrit Péguy. Il recourt d’emblée aux métaphores océanes : « Etoile de la mer », « océan des blés »,  « mouvante écume », « océan de notre immense peine » pour donner le maximum d’ampleur à la perspective terrestre elle-même, au terre-à-terre du « plateau de notre pauvre amour » – « vaste plateau » nommé Beauce que Péguy (à la suite d’un voeu prononcé au chevet de son fils malade, il se rend à Chartres à pieds en 1912) se charge de présenter à Notre Dame de Chartres. Etonnante présentation: exposer une simple parcelle de territoire paysan, cadastré comme par un notaire, au regard de l’ « inaccessible reine », de la Sainte Vierge souveraine mère de Dieu – le compte n’y est pas. Vers la fin, évoquant « le fils (qui) naquit dans la paille et le son », il inscrit cette succession : « O Vierge », « O reine », « Mère » – impérieuse descente vers l’humain, acharnement à coller à la terre humaine, aux pays, provinces, lieux-dits, granges, meules, bœufs, charrois…

 

Ainsi Péguy fait route vers Chartres. Il contemple de loin la « jeune splendeur » de Notre Dame, qui l’exhausse, l’exalte, l’exauce. Mais il avance avec ses pieds: « nous n’avançons jamais que d’un pas  à la fois ». Il demeure, au sens le plus littéral du terme, « homme de terrain », impénitent marcheur : « vous nous voyez marcher sur cette route droite ». Les kilomètres défilent, imperturbablement : « La route nationale est notre porte étroite ». C’est qu’il s’y connaît, avec son style routier ou routard (digressions), en marches kilométriques, avec bornes exactes : ce sont ses propres alexandrins, sillons de douze pieds rythmés par les rimes, qu’il aligne  avec une obstination « paysanne » (qui effraya un Romain Rolland). Présentation de Charles Péguy à Notre Dame de Chartres : voici, à tes pieds, ô pierres, ô Mère, un homme d’écriture (s). Veille sur lui.

 

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