Site de Roger Dadoun Publications, articles, livres …

payday loans
payday loans

mai 24, 2008

Humaine bonté, bonté divine !

Filed under: Société — Roger Dadoun @ 8:07

SI TU T’IMAGINES…

Entraîné par la force des choses à manier la répétition, à anaphoriser en Anaphorie sarkozienne sur laquelle, précédent numéro, nous phosphorâmes, nous nous laissons aller à imaginer, croyant même voir se pointer à l’horizon d’insolites illustres têtes dans la galerie d’ancêtres que le président de la République et son « équipe » (faire résonner en ce mot tout l’allant sportif qu’il impulse) prélèvent dans le passé – Jules Ferry, Jaurès, Blum, Guy Môquet, De Gaulle, capital mémorial qui donne continuité historique et consistance culturelle à ce qui figure si souvent comme une cavalcade en avant-en arrière, à ranger, par commodité, sous la rubrique « feed back » (au sens littéral : « se nourrir », « se sustenter » par des retours en arrière) ou « rétro » : rétroprogression (d’où prit forme, récemment, un rétroprogressiste rejeton), rétroproduction (prescription de Dieu soufflée par le retro Satan : « tu gagneras plus de pain si plus tu sues… »), rétroprocession (du religieux en marche arrière) … Aux conseillers ou consultants affectés aux tornades cérébrales (brain storming hard et speed, ou « stormy weather » slow et soft) en quête de rétroportraits et qui compulsent fébriles les listings des commémorations, nous proposons ici, à l’effarement général, deux personnalités radicalement différentes. Et cela pour un seul et unique point commun – bonté divine ! – qui mène, par un pontifical détour, à la récente saillie religieuse « civilisatrice » du président de tous les Français.

Tente et spiritualité

Paradoxe de notre frétillante post-modernité : l’idée nous est venue à l’occasion de la visite à Paris (10-14 décembre 2007) du colonel Kadhafi. Arrivé, sinon reçu, en grande pompe par le président français, le « Bédouin » – ainsi en parlèrent et le traitèrent les médias « people » nostalgiques d’une Afrique coloniale (Africa addio, avait hurlé en 1966 Jacopetti, l’auteur de cette chiennerie de film, Mondo cane) – planta sa tente sur la pelouse de l’Elysée. Nul doute qu’alors le taquina l’envie d’y donner un gigantesque et convivial méchoui, dont le fumet, alertant le personnel de l’ambassade américaine, grisant les hôtes de l’Hôtel Crillon et alléchant les hordes touristiques des Champs Elysées, serait parvenu jusque dans la fadasse enceinte de l’Assemblée nationale. L’affaire ne put se faire, en raison, faut croire, de l’esprit méchamment moutonnier du corps diplomatique français.

Reste que dit tente dit désert, qui dit désert dit spiritualité. Il apparut que les sables libyens n’offraient pas seulement un vaste espace propice à accueillir et enterrer un DC 10 s’écrasant avec ses cent soixante-dix passagers – ils se firent mouvante surface où inscrire, trace éphémère, un souffle quasiment évangélique, imperceptible battement d’aile sur l’air de « Aimez-vous les uns les autres ».

La réception du Guide suprême s’articula, on le sait, autour de deux mamelles (sic) : l’humanitaire et la mercantile. Celle-ci consistait à arracher quelques milliards de contrats, celle-là récompensait la « bonne volonté » (Kant) de celui qui consentit à libérer des infirmières bulgares dont l’innocence crevait les écrans. Il s’agissait, dit-on fièrement, de realpolitik – comme qui dirait la prose du dur monde réel, « charbon » ou sac de riz quotidiens que se coltinent les dockers politiques. Comment alors parvint à s’y tramer, poétique, un fil de « bonté » ?

Boycott et spiritualité

Fin 2007, il y eut du Gandhi dans l’air : pour le soixantième anniversaire de son assassinat, le 30 janvier 1948, par un fanatique hindou, nationaliste et islamophobe. De futés polygraphes, dont une espèce de sherpa pic de la mirandole, avaient déjà mis en branle leurs gros tas de citations et de gloses. L’ahimsa, ou non-violence, ne manquerait pas d’être à l’ordre du jour – mais surtout la « bonté » du Mahatma (« Grande âme ») disant : « ceux qui n’ont pas les mêmes idées que nous ne sont pas nécessairement mauvais ». Son assassin lui renvoya la balle, si l’on peut dire: « Avant de tirer sur lui, déclara-t-il au procès je lui voulais réellement du bien. » Gandhi avait mis le cap sur le « bien » en Afrique du Sud, au tout début de sa carrière politique d’avocat. Il se trouve face à des gens comme le général Smuts disant : « le cancer asiatique, qui a déjà rongé si profondément les parties vitales de l’Afrique, devrait être extirpé radicalement. » Et Gandhi lui offre une paire de sandales qu’il avait fabriquée en prison – ce qui fit dire à Smuts que des hommes comme Gandhi suscitent en chacun le désir de « bien faire ».

La confiance de Gandhi en l’humaine « bonté » de l’homme est ancrée dans un sentiment religieux à la fois mystique (Jaïnisme) et charnel : travail athlétique sur et avec le corps. Mais cette même « bonté » soutient une résistance active, inflexible, face à l’Empire britannique ; sa stratégie « suprême », le boycott, met à bas l’impérialisme. (Dans sa ligne, nous prônons, humble postérité, le Boycott des J.O. 2008 de Pékin.) Un peu de la gentillesse dont fit preuve le « méchant » Kadhafi, et qui légitima son séjour parisien, est-elle de nature à le voir emprunter et persévérer dans la voie du « bien »?

Contrat et spiritualité

Pré-moderne, le nom de Rousseau vient à son tour à la rescousse : il nous enseigna que l’homme est « bon » à l’état de nature. Sa mort en 1778 suggère de le célébrer par un sujet anniversaire au bac 2008 : Analyser ce propos de Rousseau dans l’Emile : « Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix (…), juge infaillible du bien et du mal, qui rends l’homme semblable à Dieu … ». La voie du « bon » est ainsi dégagée. Jean-Jacques est aussi l’homme du Contrat social. Vous avez dit « contrat » ? L’expression fait tilt. Jamais l’humanité n’a démontré, comme aujourd’hui, son essence contractuelle. Le sujet, en sa singularité, et la planète entière, en ses plus opulentes rondeurs, ne sont que patchwork de contrats en tous sens et sens dessus dessous. « Satan, qui es-tu ? » – « Je suis Légion…de contrats ! ». Rousseau, philosophe du Contrat et des Lumières a inspiré à Robespierre le culte de l’Etre suprême, on peut imaginer l’usage médiatico-spiritualiste que l’on peut faire aujourd’hui d’un Rousseau persécuté par ces méchants matérialistes athées du XVIIIème siècle. Sa « céleste voix », dans les actuelles vaticanesques et néanmoins couillues fumées d’encens, saura-t-elle se faire entendre « grave » pour figurer une « racine chrétienne » de notre présidentielle « civilisation » ?

Deux fortes têtes en spiritualité

Ainsi, fortes têtes en spiritualité, Gandhi et Rousseau ne peuvent qu’encourager le président Sarkozy à miser sur la bonification du « Guide suprême » et des autres : nouvelle donne, « poétique de bonté », dans le jeu politique mondial. Qu’on se le dise : tous ces « méchants » Chefs qu’accablent nos fatwas humanistes et laïques sont dans la voie d’un devenir-bon ; « bons » ils le sont tous, sinon factuellement, du moins virtuellement, de par la bonté divine même. Certes, ils tiennent encore écrasés sous leur botte les peuples de Russie, d’Ukraine, de Chine, de Corée du Nord, de Cuba, de Syrie, et de tant d’autres pays d’Afrique, d’Amérique et d’Asie – dont la Libye de Kadhafi, attifée alibi. « S’ils s’obstinent, ces cannibales », comme dit une vieille chanson, à affamer les populations, torturer les prisonniers, assassiner les opposants, ouvrir de nouveaux charniers, c’est qu’ils sont tenus par leurs « traditions », qui sont tenaces. A nous donc, qui, par tradition « chrétienne », aimons notre prochain comme nous-même, de les amener sans les heurter à résipiscence.

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article. TrackBack URL

Écrire un commentaire

*

Powered by WordPress