Site de Roger Dadoun Publications, articles, livres …

payday loans
payday loans

novembre 19, 2012

« Monstre parfait »

Filed under: Société — Roger Dadoun @ 5:41

Quand « elles/ils » font dans le « détail » :

kippa enchocolatée,  handball mains dans la cage à fric,

« monstre parfait »

– Si tu t’imagines …

– Non, surtout pas ! Qui oserait aujourd’hui parler d’imaginer, lorsque de toutes parts l’imaginerie de l’imaginaire nous déborde, que les médias crasses nous tsunamisent, qu’à peine la seconde écoulée déjà surgit quelque nouvel autre « détail » inouï rabâché qu’on aurait eu soi-même la pire peine à imaginer, et qui s’étale là, sous nos yeux, à chaque instant, fine photo hilare ou sévère et gros titre à l’appui, sur l’écran de notre malheureux ordinateur ouvert par nécessité d’écrire, lire ou envoyer nos textes et messages – et ces « scoops-i.doux bidonnés » de tous les instants s’avèrent n’être tout au plus que fuyante et fofolle bulle d’écume polluée aussitôt gobée bue dans l’océan d’images et de paroles que des dizaines, centaines, milliers de machins à encerveler-décerveler sans répit débitent, tandis que s’avancent s’exhibant innombrables et surmultipliées lancées en rangs serrés des cohortes de têtes et de noms qui s’attablent en rond « bon appétit, messieurs » et défilent puis s’évanouissent juste le temps d’expectorer la minuscule ridicule glaire qu’ils ont roulée ruminée au fond de leur âpre gorge abyssale qui leur sert d’âme et de corps ensemble,  – la dite glaire, dis-je,   visqueuse perle de haine-envie-ressentiment-frustration-morgue-bêtise prise au vol par cette engeance gloutonne glougloutante d’énergumènes s’encartant « journalistes » qui se  gargarisent et faribolent paroles et images comme autant d’orgues de Staline, car c’est vraiment, à l’Orwell,  du staline « aux doigts gras comme des asticots » disait Mandelstam, qui accapare, ravage, anéantit à coup d’orgues tonitruants et enveloppe linceul toutes les voix sur la terre comme au ciel – dont celles de quelques journalistes véridiques – et sanctifie toutes les veuleries en leur offrant tribune et cérémonial et du fric évidemment en veux-tu en voilà.

Destin freudien de la kippa

C’est donc dit : pas question ici d’imaginer – on ne peut, au mieux pire, qu’écumer en pure écumoire (et perte) – écumer, sur l’éphémère  surface d’un écran d’Ordi suintant aussitôt le sordide, les quelques images et paroles affichées aux goûts et hasards du jour et qui retombent aussi sec glaviotant dans les caniveaux de l’historiette (« tous les égoûts sont dans la nature » disait notre Duchamp supersec – et il ne connaissait pas encore vraiment la télé). Puisque j’évoque le « détail », on se souviendra que le mot atteignit un pic de pornographie lorsqu’il fut régurgité en gloussement de gaudriole par le leader d’un mouvement d’extrême-droite dont la vaste culture, embrassant d’un demi-regard cavalier les camps, prisons et tant de lieux de crimes où furent assassinés six millions de Juifs (et millions et dizaines de millions d’autres avec), trouva le moyen de pendre, au clou d’infection le plus puant qui soit (le mot « détail » dégradé par l’outrance et gonflé de pestilence), la plus odieuse horreur que l’humanité ait connue. La fille de l’ex-chef, cheftaine à  faconde tourniquante, innova, dit-on, en misant sur la différence. Mais, comme ils disent, « bon sang ne saurait mentir », et l’inconscient a de ces ruses. Elle happa au passage (ou plutôt fut happée par) un vrai « détail » vestimentaire, qui parvint à faire irruption par quelque minuscule et inattendu judas : la « kippa ».

Qui l’eût cru ? Enrobant tout le monde musulman et la culture islamique et le machisme universel dans cette chose qu’elle nomma « voile » (haïk, tchador, hidjab, niqab, burqa, ou quoi?) vouée à avilir la femme,  elle trouva le moyen, d’un coup d’amalgame  qui lui échappa (lapsus), de chercher des poux dans la tête du Juif en lui faisant, d’une chiquenaude verbale, sauter sa kippa (« Le voile et la kippa », voilà qui fait couple, un vrai titre  à la Mitterrand). Se contorsionner pour repérer sur un occiput rétif cette minuscule petite calotte qui se fond aussi bien en chevelure qu’en calvitie (et toujours, remarquez-le, au bord de la chute, évitée par la grâce d’un miraculeux trombone) –  fallait le faire! Enfoncé le paternel : lui qui percevait si bien, de loin et d’emblée, le nez au milieu de la figure, voici qu’échappe à son « mauvais œil » (el’aïn) un discret et avare petit rond de tissu! Il est vrai qu’en retour échappaient encore plus à l’héritière au grinçant regard braqué aveugle les millions de croix de bois, de fer, argent ou strass ostensiblement à tout instant arborées par d’impénitentes poitrines, velues, mammaires ou sportives, assorties d’un certain geste ad hoc.

« On affame un enfant ! »

Histoire d’enfant : le père de Freud raconta à son petit Schlomo qu’un jour un chrétien croisé sur le trottoir lui intima l’ordre de « dégager » (raus, Jude !), en envoyant valdinguer dans le caniveau son beau bonnet tout neuf – et le père de s’exécuter, et le petit Freud de se sentir atteint humilié, projetant du coup, ce mémorable jour, en sa tête aux durs cheveux noirs de gitan (dixit mater), son âme ardente et vengeresse,  et son inconscient admirateur d’Hannibal (son icône), de devenir le père de la psychanalyse. Combien de kippas, désormais, plus apparentes et mieux ciblées aux alentours des yechivoth, synagogues ou marchés,  offusqueuses de têtes rases à l’intérieur comme à l’extérieur, iront-elles toucher terre ?

Tandis que d’entêtées kippas persistent à se rêver auréoles, un tout autre genre de minuscule « détail » nous parvient tout auréolé de fragrance pâtissière : le souffle salivant d’un petit pain au chocolat. Ce n’est pas le « voile » qui l’enrobe, celui-là, mais le ramadan qui le dérobe. On raconte dans les « hautes sphères » que de zélés petits chenapans, pour l’en empêcher par observance du ramadan, arrachent à un enfant le pain au chocolat qu’il s’apprêtait à déguster. C’est plus qu’il n’en faut pour remuer les tripes du chef du parti UMP, candidat déclaré à une candidature à une future élection pré-présidentielle, que l’indignation emporte. Ce pain au chocolat est le plus sombre jour de ma vie, écrit-il à peu près sans complexe (dit-on) – on y verrait même sombrer toute notre culture déjà mise à mal selon ses dires par un « racisme anti-blanc » qui pousse ses rhizomes en d’opacifiées banlieues.

La vaillante viennoiserie – minuscule « détail » autant et bien plus que kippa – nous déporte, elle aussi, aussi loin que la calotte. Freudienne, de même acabit : l’une dessinait,  avec sa placide rondeur, tout un horizon judaïque, l’autre en appelle à l’immense, sombre et complexe domaine de l’enfance, dans sa substance la plus dense et la plus radicalement humaine : une émotion vitale originaire (violence de l’autre : bruit de fond de toute la psychanalyse). « On bat un enfant », disait Freud. Et voici que là, sous nos yeux, on affame un enfant – on lui ôte le pain de la bouche ! Comment ne pas s’émouvoir, mieux, ne pas soi-même tout entier vibrer émotion – et va du coup à vau-l’eau le « continent noir » de l’enfance réduit à la fugitive dégustation avortée d’une mince et ténébreuse barre de chocolat. Un enfant malmené frustré suscite un élan du cœur – et l’élan du cœur, vite refroidi le petit pain, relègue en un lointain passé et un plus lointain avenir la terrible et fabuleuse réalité enfantine. Se servir d’un vrai petit malheur d’enfant pour alimenter les gesticulations, coups bas et plans de carrière des marionnettes et marionnettistes virtuoses des politiquincailleries témoigne, très petitement, de la troublante inaptitude foncière des politiciens de tous bords à décoller de leurs babils (langue de bave) et des guili-guili d’infans.

Qui ose entrer par effraction dans le monde de l’enfance devrait tourner préalablement sept fois ses mains dans l’alcool microbicide et sept fois sa langue dans sa bouche pâteuse et sept fois sept fois son œil dans sa gaine de préjugés, clichés, balourdises et obsessions qui empêchent l’adulte de vraiment voir et approcher ce qu’est l’enfance, et expliquent l’espèce de désastre permanent, sourd ou criard,  que constituent les rapports entre adultes et enfants – rapports que rend en son affreuse justesse la légendaire expression : « le massacre des innocents » (une des grandes obsessions de Péguy, qui projeta d’en faire un Mystère). Il y aurait là, ici même, à ce présent instant, largement de quoi dire et dresser bilan – en laissant de côté l’incongru « pain au chocolat ».  A le maintenir en ligne de mire, on tombe à un tel niveau d’infantilisme, où manigances, magouilles, maladresses, mauvaisetés et micmacs s’emberliFRICotent en un tel merdoyant imbroglio ubuesque, qu’on en vient, pour couper court, à implorer le secours d’un poète. Maïakovski avait titré un de ses poèmes : La nue empantalonnée, et nous invitait à « un grand banquet de quolibets ». Faisons-en, misère,  notre quodlibet, notre « bon plaisir », en avançant celle-ci, d’expression, mise à nue, toutes origines politiques confondues : La kippa enchocolatée. (Bof, si ça ne passe pas, tant pis ! No pasaran !)

Handball, ou main prise 250000 balles dans le sac

Ils ne sont pas comme les autres, disait-on des agiles et heureux handballers à mesure qu’ils cumulaient succès sur succès, et plus encore à mesure que le prix d’achat des joueurs poursuivait sa banco-sportive ascension, atteignant pour le plus staré d’entre eux les quelque huit cent mille euros  l’an (sans compter suppléments et primes et bakchichs en tous genres). Non seulement, critère suprême,  ils gagnaient et les matches et l’argent du beurre et du cul-fermière qui va avec – mais on les admirait de les voir plonger-bondir, en dribbles voltigineux, dans les bras des Valeurs mêmes (par contraste avec les trop gourmands matérialistes richissimes footballers, tennismen, basketteurs américains, et autres golfeurs). Valeurs, ô Valeurs, lubrificatrices haut de gamme et d’amalgame de toutes les combinazioni, arnaques et insanités dont se sustente le politique, vous fûtes souverainement omniprésentes, drôles de machins-choses voguant dans les nuées philosophiques en relents d’idées platoniciennes ou surfant mielleuses molécules sur les papilles politiciennes – voici que brusquement vous vous écroulâtes, ce soir obscur de mai 2012, en clôture du troublant match où l’exemplaire et illustre club de Montpellier perdit, contre toute attente (sauf une), face  à l’anonyme et modeste  Cesson : 28 contre 31.

Pas perdu pour tout le monde, justement, puisque, selon une immédiate information, huit joueurs de Montpellier ou leurs compagnes et proches avaient misé, fait inouï, plusieurs milliers d’euros sur une telle défaite – la Française des Jeux casquant quelque 250.000 euros de gains, non sans exiger, effarée par de tels chiffres, l’ouverture d’une enquête. Laquelle, vite diligentée, ne put que souscrire à la réalité de l’escroquerie. Mais au delà de celle-ci, aussi patente et laide soit-elle (parier contre sa propre « famille » – quel sens sublimé des « valeurs » !), le plus consternant est, passé le premier moment de surprise et d’affolement, la volonté acharnée et symptomatique des médias, dirigeants, supporters  et avocats de ramener toute l’affaire à un banal « détail », habillé en l’occurrence des noms de « bêtise » ou « gaminerie », « erreur » peut-être, ou autre gestuelle enfantine. Voilà, on y est, regardez : de vrais enfants, ces athlètes! Insiste tout de même la mise à nu des « héros » – j’entends l’enfant d’Andersen s’exclamant au passage de l’empereur : « mais il n’a pas de vêtement ! ». Petit crétin, tu vas la fermer, oui ! Vu que ça tambourine ferme dans les salles de rédaction, et les bureaucraties sportives monopolistiques, et sous les toges gonflées paternantes et bourrues, pour confectionner aux dits « héros » leurs nouveaux et fantasmatiques « habits de l’empereur » (pro patria et honneur du sport et innocentation et purification par la baballe des pénitents champions) – habits faufilés, comme il se doit, au fil d’or des Valeurs éternelles, toujours prêtes et promptes à se faufiler dans les circuits, fort-rémunérants,  des fabriques d’illusions.

Ce « monstre parfait » qui en nos murs loge

Moi allant coutumièrement quérir message, Yahoo – ce monstre ! – m’envoie en pleine gueule ce formidable syntagme : « Monstre parfait ». Sonné suis-je. Je m’imagine aussitôt retournant à mes chères amours du cinéma fantastique et d’horreur, qui ont nourri avec tendresse mes cours d’analyse filmique à Vincennes et de subséquents textes tels que King Kong, le monstre comme dé-monstration, ou Cinéma, Psychanalyse et Politique (Séguier) – comme aussi bien mes connivences avec tous les monstres de la littérature enfantine, « A vous, monstres », préface à Nous les monstres (Hachette), Il y a un cauchemar dans mon placard (Gallimard), Max et les maximonstres (l’école des loisirs), qu’une mienne petite fille, quatre ans, m’oblige à relire, au point que je n’ai même plus peur et que je prendrais presque notre grand Sendak pour un petit papa Noël. Mais non, ce qui saute tout de suite aux yeux, c’est la triple initiale désormais fameuse, DSK, et la signature de sa portraitiste, qu’on est bien obligé de nommer, puisqu’elle s’en fait promotion et vertu : Mazarine Pingeot, « la fille cachée de Mitterrand » précise l’information.

On aurait pu penser, à première vue, que le « monstre » en question, frappé au sceau élogieux du « parfait », aurait pu être son propre père – après tout, il y a plus qu’abondance de matière médiatique pour cela – ou quelques-uns ou unes de ces drôles de gens plus ou moins inquiétants qui gravitaient autour ou dans l’ombre du « Florentin », et avaient connu de sacrées et opaques trajectoires sans être aucunement, loin s’en faut,  des « monstres sacrés ». Il s’agit donc, tout bonnement si l’on ose dire,  du présent DSK, ce « personnage » (de « théâtre » ?) que la fille Mitterrand a, dit-elle,  toujours jugé « faux », et incapable de « reconnaître  sa vérité » (laquelle ? sexuelle ? intellectuelle ? politique ? celle de n’être qu’un parfait « monstre » ?). Ce jugement extrême, qui pourrait n’être qu’un « détail » parmi tant de tombereaux déversés sur l’accusé, relève, non comme elle le prétend d’une « fascination », serait-elle « littéraire », mais d’une forme d’hallucination, comme il en éclot tant. Elle escamote l’action judiciaire en cours,  occulte les non lieux qui ont jusqu’à présent dédouané l’accusé, dont celui qui a rejeté la plainte de la « journaliste » qui avec elle s’entretient pour un magazine populacier, et par dessus tout, elle fait semblant d’ignorer l’aspect nauséeux de « l’affaire » : l’acharnement féroce, le lynchage médiatique venimeux, bourré de sexophobie, auxquels se sont livrés, graveleux et obscènes, d’innombrables publications, journalistes et politiciens, traînant avec eux toute une meute d’intervenants et causants avides de mettre leur grain  de sexe.

L’auteure de cette formule, inédite à notre connaissance, de « monstre parfait » prétend parler en « romancière », « littéraire », dramaturge même. Du vent – vanitas ! Les quelques citations que livre l’Ordi ne sont que galimatias ; elles relèvent de ces expressions jaculatoires qui ne résonnent que de leur charge d’agressivité et de leur vacuité psychologique. Si la frénésie de promotion substituée à toute approche littéraire loyale est devenue la règle, si la pratique quotidienne massive de tous les mass media fondée sur la cupidité féroce (faire du fric à tout prix) et l’envie tueuse (« tueur » synonyme de « héros » en sport) consiste à dire n’importe quoi n’importe comment sur n’importe qui,  elles ne peuvent rendre compte à elles seules de la violence, de la misère et du malheur que cèlent et recèlent certaines expressions individuelles.

« Monstre parfait » survient là comme une espèce de cauchemar surgi brusquement de quelque ancien ancestral (infantile) placard – il appartient à chacun et à qui le nomme d’y mettre son grain de sel, qui est grain du Ça. On ne joue pas impunément, si l’on s’y risque,  de la monstruosité, quelle qu’elle soit. Mais puisque le mot « détail » a servi de titre et de fil rouge à nos tribulations, déposons-le ici, précisément, à titre de  « monstruosité », pour avoir osé désigner  l’extermination de six millions de Juifs et de millions d’autres victimes dans les camps nazis de concentration et de mort – avec la volonté d’indéfiniment  nous répéter et de ne jamais en finir avec.

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article. TrackBack URL

Écrire un commentaire

*

Powered by WordPress