Site de Roger Dadoun Publications, articles, livres …

payday loans
payday loans

août 27, 2012

Célébration intempestive d’Armand Robin

Filed under: Armand Robin,Poésie — Roger Dadoun @ 7:06

« Anarchiste de la grâce »
pour le 50ème anniversaire de sa mort


Élégie pour une non-mort d’Armand Robin

« Je ne veux pas de la mort de
Mickiewicz  il y a cent ans.
Ces
derniers mois j’ai rencontré ce
poète partout. Il a notre âge.
»
Armand Robin, nov.1955.

Je ne veux pas de la mort d’Armand Robin il
y a cinquante ans. Nous avons besoin de lui,
prince anarchiste  du Non,  partout.
R.D., nov.2011.


Sept fois maudit, sept, ce vingt-neuf mars
de l’an mille neuf cent soixante et un
– tandis que dans une proche terre là-bas en perdition,
de braves honorables citoyens,
débarquant brusquement en soldatesque empatripotée,
brûlent les villages, violent les femmes,
assassinent le tout venant
vieillards et enfants,
et tout fiérots empennés à tours de bras torturent,
– et tandis qu’un ministre à gueule de médaillon
pave sa torse voie présidentielle de têtes tombées
d’échafauds par lui dressés
au nom de la loi bafouée,

sept fois maudit dis-je ce vingt-neuf hideux mars qui vit
l’homme poète Armand Robin pris
dans les entrailles sinistres d’on ne sait quels
ministérieux règlements de comptes.
Où donc retrouver  trace, et où
l’enveloppement du corps meurtri,
et de quelles meurtrissures meurtri,
tout au long de ces sept stations d’enfer
aux noms de calvaire
inscrits en dérisoire et sourde violence
qui ainsi s’avèrent :
Infirmerie Spéciale du Dépôt de la Préfecture de Police de l’Hôtel/Dieu
.

Sept mots, sept lettres à relents d’assassinat,
ô Mère Jésus,
sept crachats sept flèches crucifiant le corps pantelant
de l’humaine chose-Robin chue en déchet
chouravé sur voie publique,
du poète-Sans poète-Non
de l’Outre-poète à Outre-écoute
aux cent Voix cent Noms
cent Non qui,
sur notre rare terre humaine par lui exaltée tant,
furent nom  Armand Robin. A toi Robin furioso
ce satirique* hosannah
pour tes ahans portant
au plus haut des cieux.

* Armand Robin disait avoir inventé un nouveau genre, la « satire métaphysique », qu’illustre son chef d’œuvre, La fausse parole. Le mot « ahan » revient à tout instant dans son œuvre.


Robin,
passant ondulerrant*

Pour errer, il erre, l’ondulerrant
et déterrant Robin,
porté emporté par toutes respirations issues
des cinquante langues par lui si bien sues
– sangsues suçant à même son coeur sanglant caillot,
tel  Bernard Lazare l’anar « saignant
dans tous les ghettos du monde ».
Semelles de vent il va, hérétique errant,
coursant sursurfant sur
siècles, ondes, discours
et tous pays « au-dedans des souffrances »,
plus juif errant qu’Elyaou anabi,
l’ondulerrant planétaire prophète Elie
qui croise toutes lignes d’erre en majesté de gerbes,
lignes d’erre que longe et prolonge à l’infini
l’ontologique concert des poétiques voix.
Souffles des langues toujours advenant
en nombre et en surnombre,
tantôt expectorées en délires d’imbroglios,
embrouillamini, babélilies, tueries,
tantôt ahanant à relancer gracieuses au plus haut du ciel,
ciel-homme et non ciel-dieu,
l’écho en big bang de la primordiale
originaire langue-mère
que l’érectile humanité  extirpa du chaos,
des turbulences folles des tohus wabohus,
des  déclenchements effarants des bereshit,

– afin qu’enfin fuse l’Aleph,  lettre
première à front de boeuf ouvreuse
d’impérieux sillons propices
à labourer notre unique
seule terre humaine,

– ainsi que non-va, au pas
si lent de son non-pas,
passant ondulerrant,
l’Armand Robin.

* « ondulerrant » : terme forgé par Robin qui parle de la « course ondulerrante » de Mahomet, dans le Mahomet de Goethe qu’il a superbement traduit (Pléiade, p.170). Le « non » faufile de part en part toute l’œuvre de Robin.

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article. TrackBack URL

Écrire un commentaire

*

Powered by WordPress