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mars 15, 2012

Affaire Sofitel-Carlton : (DSK) assumption de l’innocence

Filed under: La psychanalyse,Uncategorized — Roger Dadoun @ 4:34

La notion de “présomption d’innocence” occupe un vaste espace juridique, hétéroclite et confus, tagué et troué de toutes parts par les ruses, artifices et distorsions d’une pléthore de protagonistes : témoins, policiers, avocats, magistrats, médias, victimes. Elle est censée s’en tenir aux “faits”, préemptant un principe d’objectivité dont on ne perçoit guère que des constructions aléatoires, fluctuantes, montées de bric et de broc, bancales. L’affaire Sofitel-Carlton en est l’illustration toujours en cours. Mais elle n’est rappelée ici, dans une perspective psychanalytique,  qu’en raison d’une implication surprenante de la personnalité profonde de DSK. Il semble opportun, écartant la surface chiffonnée qu’est la “présomption d’innocence”, de s’interroger sur ce qui a pu s’avérer à la source de  l’acte sexuel – donnée centrale quoique pratiquement occultée de l’affaire. On entend par là, non pas les caricatures égrillardes, puritaines ou coquines, allusions effarouchées ou clins d’oeil complices – mais la structure même des motions pulsionnelles qui sont au pivot de la construction juridique. Aussi, débordant en parodiant l’expression la diffuse “présomption d’innocence”, parlera-t-on ici d’une “assumption de l’innocence” – les deux termes, pris dans leur plus stricte spécificité, cernant des états psychiques forts, impérieux, universels, déterminants dans la formation et l’orientation des comportements.

“Innocence” désigne une certaine qualité du rapport de l’individu à la sexualité, telle notamment qu’on peut en suivre les manifestations en psychologie de l’enfant. Ce dernier est censé ignorer la réalité sexuelle, il est dit immature et incapable de contrôler ou maîtriser (il est la cible d’interdits sévères) les motions, gestes, jouissances que suscitent et imposent différents organes et leurs valences sensibles – souon reconnaît là les “zones érogènes”, support des phases de la libido (orale, anale, phallique). Pour qualifier l’enfant sujet à toute la gamme des motions libidinales, Freud a avancé l’expression devenue notoire de “pervers polymorphe”. Expression aussi pertinente que désastreuse : idéologique et vaseux, “pervers” l’a emporté sur l’exact “polymorphe”, qui offre un tableau organique et libidinal cohérent, établissant clairement que c’est l’ensemble des organes, tissus, fonctions du corps et leurs fantasmes adjacents qui entrent en scène et en jeu dans l’acte sexuel. “Innocent” chez l’enfant, le “polymorphe” devient chez l’adulte “perversité”, culpabilisante : masturbation, sodomie, fellation, voyeurisme, exhibitionnisme, fétichismes, etc. Or tout (récits, témoignages, observations, analyses et auto-analyses, etc.) donne à penser que ces différentes modalités font, dans toutes les sociétés,  à toutes les époques, sous des formes et en proportions diverses, partie intégrante de la sexualité. De par sa structure organique comme de ses productions et arborescences psychologiques, toute sexualité est “polymorphe”. L’acte sexuel le plus élémentaire est un blason, une armoirie de pièces et motions “perverses, pour la plupart inscrites à l’encre sympathique (en tous sens du terme).

“Perverse” et “polymorphe”, la sexualité – “empire des sens” – l’est impérieusement, tout au long de la vie. Il faut donc faire avec – en s’efforçant, par éducations et respect des normes en cours,  d’exercer une certaine maîtrise, à l’aide d’une panoplie d’instruments culturels à l’efficacité variable. Pour les uns ça marche, au moins apparemment – pour d’autres, voués à la “faute” et à la délinquance, non. Mais il se trouve que, comme tant d’autres “valeurs” infantiles, le processus d’“innocentation” persiste, résiste. Le sujet y a recours, plus ou moins inconsciemment, pour lutter contre un sentiment quasi inévitable de culpabilité et se dédouaner face à une fatalité contre  laquelle il ne peut rien. Comment,  dès lors, ne pas être en “sympathie”  au sens fort (sentir, pactiser, souffrir avec) avec une motion pulsionnelle qui s’avère être sienne, quoi qu’il fasse (ainsi  en va-t-il du prêtre pédophile, qu’un irrésistible désir, en dépit des puissants interdits dressés par une pratique religieuse assidue, la pression massive du corps de l’Eglise, la présence en incarnation du corps souffrant du Christ, etc., contraint à laisser en quelque façon venir à lui, et non croit-il lui vers eux, les petits enfants). Le mouvement pulsionnel est, de force, pris en charge par le sujet – nous  disons qu’il l’assume. Comme pour toutes les ambivalences sexuelles, le terme d’“assomption” paraît ici indiqué, pour les deux faces qu’il couvre : assumer activement la motion pulsionnelle visant la satisfaction; assumer à bon escient et  à bon inconscient l’“innocence” valorisée en tant que source “naïve” (dans le film de Fritz Lang, M (1931), le Meurtrier – l’extraordinaire Peter Lorre – détaille en termes saisissants cette “assomption” devant le tribunal des hors-la-loi).

La notion d’“assumption de l’innocence” est de nature à éclairer une certaine forme de comportement manifesté à l’occasion de l’affaire portant le nom de DSK – non pour singulariser ce dernier, comme l’a laissé furieusement entendre le charivari idéologique, moralisateur et mercantile des différents intervenants, mais bien au contraire pour en souligner la banalité. Banalité massive d’une “perversité polymorphe” qualifiant une structure anthropologique élémentaire de l’activité sexuelle.  S’éclaire aussi l’une des questions posée d’emblée au début de l’affaire: comment une personnalité disposant d’un exceptionnel pouvoir économique (FMI), politique (DSK président!), culturel (universitaire), social (renommée, richesse), a-t-elle pu “ en arriver là” – sachant que ses adversaires étaient prêts à tout pour l’abattre ? Il aurait suffi, eut-on croir, d’à peine un grain de contrôle et d’une goutte d’abstinence pour déjouer pièges et coups bas, et,  à l’instar des millions d’êtres humains à travers le monde, continuer à vivre “innocemment” sa “vie privée”. Il est remarquable de constater que, loin d’inciter à la prudence et au détour, les pouvoirs  détenus par DSK opérèrent comme une encre sympathique révélatrice, à charge,  des deux faces de l’“assumption de l’innocence”: assumer ses propres motions pulsionnelles, assumer un statut interne d’innocence. Le processus d’innocentation, ressource infantile vitale, est inhérent à l’humanité. Le pouvoir innocentise selon qu’il infantilise – au risque de l’“innocent”.

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