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octobre 19, 2010

Folie foot, Pied festif, et Homo coïtus

Filed under: Médias — Roger Dadoun @ 4:32

Hier tant adulées, les idoles aux pieds d’argile s’écroulent pour, parties un mois entier du plus bon pied médiatique en un hôtel de luxe dans le Sud de l’Afrique black and white (lauriers africains mondialisés déjà tressés couronne – toute stressante de pipole impatience), pour donc, venues taper du ballon et du fric, finalement et à peine dégourdies, déguerpir fort vilainement, sous les ingrats sifflets des supporteurs et des médias. Un long gémissement partout se mit à retentir, s’enraciner, s’enrager : « le trône et l’autel sont en danger », avertissait déjà Freud, lorsqu’il traitait avec audace du fétichisme – celui dans lequel nous baignâmes, ad nauseam, pour cette Coupe mondiale 2010. Aujourd’hui, le sabre et le goupillon, ces deux tranchantes puissances de l’imaginaire-réel-symbolique, sont tricolorisées drapeau « patrie ». Allongée sur son mol oreiller de « valeurs » (« de la République », font froufrouter, à titre de supplément d’âme, les élytres politiques), la dite patrie (se) branle du chef sur coussin label « honneur ». Médias et politiciens lui font les haies et raies ad hoc, tandis que sponsors et supporters laissent tomber quelques hargneuses larmes à hauteur de leurs pertes (en fric comme en fantasmes), et qu’intellos grondeurs manient la taloche : ne put-on pas ainsi suivre à ses glaireuses traces tel « philosophe » talochard raidi dans ses bottines volant d’une chaîne l’autre pour, s’érigeant « juste » parmi les cabots, sourcils froncés, mains raboteuses et voix circonflexe, articuler sa ronronnante leçon de civilité sur fond de chahut des banlieues « sensibles » ?

Chevaucher la baballe

Tout cela, dira-t-on à bon droit, c’est pipol (pluriel : pipeau), curées médiatiques, pittoresques sautillements de joueurs titillant l’herbe rase, folklore de café des sports et du commerce, onaniaiseries de politiciens-ciennes s’envoyant en l’air à chevaucher la baballe (tiens, j’aperçois une « philosophe » qui s’y tortille) et de sociologues stratèges du crampon civilisateur. Le stade libidinal (cocktail d’oral-anal-phallique) auquel nous reconduit freudiennement tout ce brouhaha pourrait trouver une formulation assez plausible si l’on parvient à aligner, comme suit, une équipe homogène de bigarrées touches en « esque » : ubuesque, ô combien, rivalisant avec grotesque, tant et plus, derrière lesquels défilent burlesque, clownesque, prudhommesque, canularesque, carnavalesque, abracadabrantesque, on peut pousser jusqu’à rocambolesque et y placer, pour faire bon pied et mauvais oeil, barbaresque, et caser même du romanesque à base de bisbilles et bises – enfin bref, pour coacher le tout et couper court : ce fut présidentesque.

A ce pic parvenus, nous, voici que l’enflure médiatique crève : exhalaisons putrides, souffles éréthiques partent en tous sens ; poudres aux yeux et de perlimpinpin fusent en geysers des ministères, officines et panels, et se répandent répercutées par les crachotements conceptés (équivalent du postmoderne « impactés ») des bien causants, pensants et répliquants de la culture. Il n’empêche : même affectant hautaine morgue, les têtes d’affiche à notoriété pop corn rangèrent vite leur latin de cuisine olympique et leur pimpant « vivre ensemble » lorsqu’elles virent rappliquer, queue basse et rasant les murs (celui d’argent massif demeurant inébranlable, et d’intact prestige), ces drôles de sous-bataillonnaires bleus aux allures de bats’d’af (ô « putain de terre africaine », dit la chanson de Biribi). Ainsi vit-on une très ordinaire histoire de coups de pied tordus et de déculottée pisseuse se hisser haut en affaire d’Etat (une autre plus corsée lui enlèvera vite la vedette) – tandis que l’énorme branlette populo/intello du mythe foothéroïque, nourri d’onanisme rêveur (chœur des Connards : « oui, faites-nous rêver ! » « ah,  rêver l’autre ! »), se dégonfle en chialaison obscène, se traîne en bolée fécale sous l’appellation bonne à tout faire de « symbole » ! Symbole du pied au cul comme symbole fin de règne, ça se sent, non ?

L’insu « ça » qui se sait

Cela dit, on aurait pu ici, à bon droit, s’abstenir d’évoquer, sachant ce qu’il en fut des jactances crasses qui le firent retentir, cette folie foot à allure de débâcle. Mais « justement », pareil pic de hargne et d’imbécillité presque unanimement partagées, contrastant avec les antérieures idolâtres criailleries, méritait que la chose soit fixée en événement et symptôme – même si une surrichissime affaire d’une tout autre envergure rafla toute la mise médiatique en un tsunami d’euros d’or et al. : les millions, partouzes, cocoricos et coquetteries des footballers s’avérèrent gnognotte face aux milliards, soirées smoking, cavales et « cavaleries », et gangstérisme mafieux des politiques, financiers et parasites au parfum (entendez, outre les capillaires, celui qui exhale la plus intense et enivrante odeur : l’argent – ce dont sut s’aviser Freud, à sa manière, en découvrant, de ses palpitantes narines psychanalytiques, que « l’argent pue »).

Il importe donc, contre les coutumiers procédés frauduleux des médias et politiciens, de ne surtout point se hâter de, comme ils disent, « tourner la page » (la plus haute « valeur », pour nous, en tout champ d’action et de pensée : ne jamais « tourner la page » !). Il importe de pousser la recherche analytique (et quel divan pour la psychanalyse politique que le Stade médiatisé, sinistres rafles incluses!) et de déployer les perspectives critiques susceptibles de rendre compte de comportements et propos où s’expose, quasiment brut de décoffrage, tout ce « ça » insu (inconscient) qui incurieusement se sait – « ça » qui prétend s’ignorer lui-même et qui pourtant crève les yeux – aveuglant inconscient, exposé en effarants dégorgements télé  : décervelage, fascination, fanatisme, fétichisme, sexysme, cupidité, démagogie, veulerie, hilarité, crétinisation, pulsion de mort et al.

Sacré Pied !

Cela acquis, et puisque nous évoquons toutes ces spectrales bandes de la pulsion de mort, il n’est que temps de « recadrer » le terrain footballistique, et de tenter d’ouvrir, à l’aide d’une construction d’une autre trempe, et aussi loin qu’il faille la chercher, une voie pour Eros, la pulsion de vie. Non pas, on s’en doute, l’éros dégradé en hooliganisme, en hystérie agressive et meurtrière, en communautarisme trouble, en clins d’œil coquins de sociologues et philosophes exhibant une clinquante orgastique (« Baise-moi ! ») – mais un éros qui nous reconduise à une structure humaine fondamentale, à l’objet à la fois organique et anthropologique qui constitue l’élément le plus actif, le plus visible et omniprésent de l’activité dont il est question, objet inscrit sous ce gonflant nom de Football, qui fomente et recèle en même temps un des plus concrets et aberrants refoulés humains : le Pied.

Prenons-le donc ici, ce Pied capital, à pleines mains, à bras le corps (gestes sacrilèges dans la pratique du foot). Le Pied est au cœur du foot (« pied » en anglais, son origine), pleinement, passionnément, à la folie. Le football n’existe, ne vit, n’attire, ne séduit, ne se « transcende », pour employer un terme du jargon philosophico-sportif, que par le Pied. Grâce soit rendue ici à cette courante et prodigieuse éminence duelle inversée : elle est seule, cette grâce, de nature, strictement humaine, à légitimer notre propos, en ouvrant une perspective anthropologique insolite qui, avançons-en l’hypothèse, affleurerait en rhizome au ras des terrains de sport, livrant une espèce de vague écho mutique, de lente incantation motrice affleurant sur les visages tendus, hypnotisés, hallucinés des spectateurs.

Le Pied soutient et nourrit et exalte toute la construction footballistique. Il donne vie et vitalité, émouvante énergie, au terrain, au terreux, à la terre, dans un rapport élémentaire, matériel, substantiel, véritablement « terre-à-terre ». Rapport qui nous conduit à imaginer par exemple que la « plante » des pieds est véritablement « plantée », antée en terre, dans un contact amoureux – c’est la voie d’éros – où affleure (encore !) le lien originel avec une terre-mère, ou ancestrale, dont le mythe d’Antée se veut le renommé porte-parole. Ce contact aspire à une espèce de pureté. Sa finalité (le but, précisément) affichée, impérieuse, qui rythme mouvements et émotions et accapare toute l’attention, est de frapper un ballon pour l’introduire dans un rectangle exact qui fonctionne comme écran de fascination. Il importe du coup que l’espèce de « pureté » ici alléguée ne soit pas souillée par des fautes, telles que : toucher de la main, « porter la main sur » (le ballon), au sens blasphématoire de l’expression ; s’adonner à des actes d’agression sur le pied adverse en le « cassant » d’un tacle ou d’un croche-pied et en lui faisant, si j’ose dire, « perdre contenance », perdre l’équilibre,comme pour l’avilir; s’attaquer au corps lui-même, qui a vocation à demeurer tout entier au seul service du Pied, par  poussées vicieuses, coups de poing, coups de tête (tête faite « boule »), tractions infantiles de maillot, etc. qui sont autant de gestes qui diabolisent la geste héroïque et sacrée du Pied pris en foot.

L’humanité remise sur Pied

Rideau sur cet insupportant pied festif dont s’enorgueillit, tout en l’occultant, une footballité, comme dirait Barthes, tournant folle. Cherchons en revanche à reprendre notre Pied pour le faire aller-venir sur notre propre terrain – celui, anthropologique, de la condition humaine. N’ayant d’yeux que pour le pied emballonné, ses mouvements, évolutions, trépidations, techniques, chorégraphies, immanences (martèlement du sol terrestre) et transcendances (volées aériennes célestes), la folie footballistique frico-festive (FFF) prend une tournure de Fétichisme du pied, en en contournant ou déplaçant en agressivité la dimension érotique. Mais les « évolutions » même des joueurs (dynamique du jeu) et leurs effets de masse mis au rancart, on est conduit à s’interroger sur l’évolution comme telle du Pied comme tel, et à envisager l’évolution de la structure humaine en tant qu’axée sur le Pied : le Pied, axe porteur de l’évolution de l’espèce humaine – l’humanité mise et remise sur Pied ! Ainsi en viendra-t-on à imaginer que le vice footballistique généralisé – perversion hystérique du pied sportif devenue lieu commun – rend hommage, à sa manière, névrotique et dévergondée, à l’éminente vertu du Pied, à sa dignité de personnage actif, élémentaire et originaire, de l’institution d’une structure humaine sui generis.

Glorifiant l’homme, on n’en a que pour la Tête : capacité crânienne, masse cérébrale, milliards de connexions neuroniques, cervelle belle d’homo sapiens et de ses congénères bourrée de tous ses fabuleux éclats d’opacité – ainsi que pour, un peu moins, les Mains, incomparables instruments de l’homo faber, qui lui permettent de manipuler, tricoter et détricoter le monde. Sexes mis ici entre parenthèses car trop voraces et problématiques, Tête et Mains occupent toujours le devant de la scène structurale. Or voici : l’homme n’est pas qu’être pensant (homo sapiens) et qu’être fabriquant (homo faber) – il est aussi homo erectus, un être debout, ce damné de la terre, et plus encore, un être marchant, qu’une expression amalgamant l’érotique et le scientifique, permettrait de qualifier d’homo coïtus, de co-ire, marcher avec.

Quand l’homo sapiens, en même temps qu’il s’échinait à accéder à la conscience, parvenait, imaginons-le, à maîtriser suffisamment la station debout, en ordonnant et organisant sur Pieds son statut érectile, sa verticalité, au rythme d’une mutation biologique dont les secousses sismiques continuent de nous faire trembler, il a dû d’emblée, à ce qu’il semble, se livrer à de longues marches, au cours desquelles la structure du Pied n’a cessé de se compliquer et de s’affiner, pour aboutir à cet organe admirable qui n’est pas seulement le support, le pilier porteur de toute la structure corporelle, mais qui recèle en outre des aptitudes dont on ne finit pas de mesurer (faut-il rappeler que foot en anglais désigne à la fois le « pied » et l’unité de mesure !) les étonnantes performances : aussi bien communément discrètes et humbles (c’est notre lot quotidien, qu’énonce la rengaine : « La meilleure façon de marcher / C’est encore la nôtre / C’est de mettre un pied d’vant l’autre / et d’recommencer ») que sportivement spectaculaires : un bond athlétique record fait parcourir dix mètres en une seconde, plus de quinze mètres en triple saut, et mettre la barre en hauteur toujours plus haut (altus !).

Coïtus : « marchant avec »

Mais le « marcher avec » de l’homo coïtus tel qu’ici dressé en imaginaire silhouette porte plus loin – littéralement et anthropologiquement parlant – en direction de l’éros. L’homme des origines – l’origine comme nébuleuse temporelle relevant plus du tohou-wabohou biblique que d’une historicité ou préhistoricité attestées – « marche avec » ses congénères : la marche trace les lignes d’erre et les avancées au rythme desquelles prend forme un sentiment de communauté et de solidarité sans lequel nul groupe, nulle société ne sont viables. Cette marche en commun fonctionne comme lien libidinal entre les membres du groupe, et le Pied en est le ressort – organique, affectif, social, spirituel. Le Pied foule en effet une terre qui, quelle qu’en soit la qualité, est terre humaine (Adam, premier homme, de l’hébreu adama, terre, argile), terre humanisée (érotisée ?) par les parcours, les pieds de l’homme. L’homme marchant en groupe (« Lorsqu’avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes (…), Caïn se fut enfui…(…) Il marcha trente jours, il marcha trente nuits… »), l’homo coïtus, projette, inscrit sur la terre tous les mouvements de son âme, les élans de ses désirs, les aventures de son esprit. Geza Roheim, psychanalyste et anthropologue, a montré – mais c’était il y a presque un siècle – comment les aborigènes australiens nomadisant sur de vastes espaces, souvent désertiques, « libidinisent » les territoires qu’ils parcourent : les moindres particularités géographiques – monticule, mare d’eau, grotte, rocher, etc.- recueillent et mémorisent les empreintes, traces et actions des héros, personnages totémiques et « esprits » (« les Etres éternels du rêve ») qui accompagnent et règlent les pérégrinations. Roheim rappelle, entre autres, la geste du grand héros Malpunga telle que  les aborigènes la lui décrivent : ce filet d’eau, c’est quand il a uriné, cette motte de terre c’est quand il a déféqué, plus loin il a laissé traîné à terre son énorme phallus, ailleurs il s’est endormi ou a consommé des graines… Le Pied aborigène est, pourrait-on dire, un Pied cultivé et habité – plus exactement un Pied co-habitant, vivant avec une terre qui demeure toujours terre d’élection, terre d’amour élémentaire (aimer les éléments, l’eau, la terre, l’air, le feu, ô Bachelard, c’est substance de vie), serait-elle, comme c’est le cas, redoutable désert ou bush maléfique – mais le Pied toujours y élit domicile.

Plions bagage. Remonter si loin dans l’Obscur de l’origine parce que des joueurs de foot, hommes-sandwich qu’on achète et vend au gré des modes médiatiques et des rentabilités politico-financières, jouant les ludions sur une boule de cuir, ont avili, dilapidé, saccagé sans vergogne le Pied humain – voilà peut-être ce qui serait la vraie folie foot. Et encore nous sommes-nous abstenu, par manque de moyens, de chanter, sur bris d’ossements, les premiers vagissements, chez l’homme de Néanderthal, de cet ancestral Pied humain à la traque duquel nous nous sommes surréalistement lancé. Mais comment faire autrement ? Freud avait attribué à la station vertical de l’homme et à son « élévation » la répugnance dont faisaient preuve les organes sensoriels, le nez particulièrement, à l’endroit des parties basses du corps, nommément les parties sexuelles et anales, source de tant de problèmes. Lui qui avait enrobé du regard avec tant de tendre pertinence, le fétichisant, le pied de la Gradiva, l’idée ne lui est-elle pas venue de se demander si le Pied, avec son impeccable organisation anatomo-physiologique, son intimité si profonde avec la surface de la terre, et sa relation érotique délicate, inlassable et souvent audacieuse avec la marche (elle a investi toute la terre), si le Pied, enfin, ne serait pas l’objet le plus apte à s’ériger (lui, colonne baroque de la structure érectile unique de l’homme) en réserve et puissance libidinales privilégiées pour le corps et l’âme et la saisie du monde ? Sachant ce qu’il en est, aujourd’hui, d’une humanité qui, pour l’essentiel, ne voit dans le Pied que farcissure pour chaussure et que coulisse à performances (records toutes catégories), une humanité, l’a-t-on assez dit, qui s’obstine à marcher sur la tête, l’appel au Pied ne mériterait-il pas d’être entendu ? Et que sonnent les trois coups !

Références

André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole, t.1, Technique et Langage ; t.2, La Mémoire et les Rythmes, A. Michel, 1964-1965.

William Rossi, Erotisme du pied et de la chaussure, Payot, 1978.

Sigmund Freud, Le délire et les rêves dans la Gradiva de W.Jensen (1907), précédé de Gradiva, fantaisie pompéienne par Wilhelm Jensen, Gallimard, 1986.

Revue Quel Sport ?, n°2/3, janv.2008, « Rugby : la Coupe du monde des brutes et des abrutis » ; n°4/5, mai 2008, « Pékin 2008 : Boycott des Jeux de la honte ». Fabien Ollier, Foot mania, critique d’un phénomène totalitaire, Homnisphères, 2007.

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