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avril 8, 2007

Robin notes

Filed under: Armand Robin,Auteurs — Roger Dadoun @ 8:23

Revenant, pour boucler la boucle, sur l’image d’un Robin « anti Tour de Babel », qui refusait de se plier au tohu-bohu ou chaos des langues source de conflits et de massacres, nous pourrions, par un détour de disgrâce et d’ironie, rappeler un court texte de Robin inclus dans Expertise de la fausse parole et daté du 22 mai 1948, dans lequel l’écrivain évoque une des rumeurs contre lui lancées par le poète officiel du parti communiste : « Selon M. Louis Aragon, l’auteur de ces chroniques (soit Robin lui-même) ne serait pas né en Bretagne, mais en Russie et s’appellerait en réalité Abraham Rabinovitch ; il aurait fui l’U.R.S.S. avec Victor Serge. » (152)

Tant qu’à faire de judaïser Robin, et repoussant l’insinuation antisémitique de l’Aragon « aragonisant », essayons plutôt pour notre part de le relier à une figure qui puisse être à la fois plausible, efficace et illuminatrice – en dessinant, de façon certes aussi  sommaire que téméraire sinon provocatrice, le portrait d’un Robin en Jacob biblique. Jacob, de la lignée d’Abraham, lutta en songe, selon ce que raconte la Bible, avec un ange qui n’était autre que Dieu, et sortit vainqueur de l’épreuve. A sa manière, et sur le registre qui est le sien, celui des langues, Robin  défie Dieu ; il se dresse contre le Seigneur du coup de Babel, ce Dieu jaloux des relations fraternelles existant entre les hommes, et telles que, parlant même langage, ils s’entendent pour s’engager dans l’entreprise sacrilège de construire une Tour qui monte jusqu’aux cieux. En introduisant une pluralité de langues qui ne sont plus que cacophonie, discord, incompréhension, source de funestes conflits. En accordant plusieurs langues par la traduction-transduction, Robin tente à sa manière, « poiétique », de contrer, neutraliser, lever la malédiction divine. Mais surtout, son travail sur les langues vise la recherche d’une langue commune d’avant, d’une langue universelle sur laquelle fonder, avec laquelle construire l’entente, la fraternité entre les hommes.

C’est l’une des vocations de l’esperanto, dont on peut espérer qu’il connaîtra la diffusion nécessaire et vitale qu’il mérite.  

On va vers cette langue universelle, mais sur le registre de la farce ; on rejoue la langue originaire, mais dans le grotesque, sous forme d’un idiotisme planétaire, d’une langue parlée, jouée, mimée par tout le monde, mais non traduisible, comme tout idiotisme, dans les langues d’origine.

Les corps donnent corps à cet idiotisme : par tout le même (même vêture, mêmes aliments, mêmes postures et gestuelles

Les aliments nourrissent identiquement ces corps : vers le fast food

Les soins de même, les gestes sexuels ; une érotique planétaire : le fast fuck

Le sport traversant frontières et continents, les sportifs font tous les mêmes gestes, outre qu’ils sont conformés d’identique manière : un cycliste français plus près du cycliste italien que d’un concitoyen employé de bureau ; seuls peut-être quelques poils supplémentaires différencieraient les haltérophiles : plus velus semblent les Turcs ; toutes les femmes haltérophiles issues du même moule

Un mot suffit pour traverser un corps ; un corps à l’écoute est d’emblée politique, qu’il entende ou non ; quand ce n’est pas la seule flèche d’un mot ou d’une phrase, mais un lourd carquois de discours qui transpercent l’écoutant, alors le corps se fait saint sébastien : c’est Robin.

TENDREMENT

« nous ne parlerons pas ici de la radio française d’à présent : on ne parle pas du néant » (id.212)

Errer, il erre

porté par l’air respirable irradiant des langues,

en tous pays errant,

plus juif errant qu’Elyaou anabi,

Elie le prophète itinérant planétaire,

traceur de lignes d’erre à n’en plus finir,

lignes d’erre que porte à l’infini le souffle de la voix,

souffles des langues toujours en surnombre

surgissant des imbroglios, embrouillamini, babélies,

pour porter au plus haut du ciel, du ciel-homme, non du ciel-dieu,

l’écho du big bang de la langue originaire

que l’érectile humanité  arracha au chaos,

aux déchirants bereshit

à la bestialité des tohus wabohus

Les langues :

L’arabe :

Dans ma voix le sable faisait des syllabes

Et j’eus un bruit de gorge qui trouve enfin de l’eau ;

Un âpre râle poussiéreux haleta dans mes mots ;

Je pris le rythme de lune dont brille le Coran

Pour glisser loin de moi de dune en dune. (Fragments, 79)

En Russie :

Les poètes y gardent les bruits des outils et des blés

Et leurs chants frais

Les paroles y sont naïves, douces et dures

On y éduque les yeux en lueurs de vérité, de liberté

Avec ses mots qui se gorgent de sanglots (F.95)

Un haiku

Quand une grenouille plonge

Dans l’étang,

Que de silences pris tendrement

Dans un cyclone bon. (F.145)

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