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septembre 27, 2009

Manifeste pour une Vieillesse libertaire

Filed under: La vieillesse — Roger Dadoun @ 10:09

hymne aux Libres Centenaires

Préambulation

L’ère des centenaires arrive au pas de course. Il importe qu’ils aient pied ferme et souffle vif, pour apporter à une société de merdique apocalypse la sagesse du temps – sagesse reniée, dénaturée, perdue, dont ils sont, par excellence, puisqu’ils ont et qu’ils sont le temps,  les détenteurs. La Vieillesse, considérée comme matrice et expression d’une vision et d’une pratique libertaires du temps – c’est ce que tente de mettre en lumière cet Hymne aux Libres Centenaires. L’actuel gouvernement, toujours en quête d’un avenir qui est derrière lui, s’est doté, juin 2009, d’un secrétariat d’Etat aux Aînés (sic)z’« Aînés », écrit avec un grand A pointé en potentiel d’Anarchie, ou, dans un constat plus réaliste, petit tas allant toujours grossissant des « petits vieux »  à re-traiter ? Adoptons pour notre part, comme nous l’avons fait ailleurs*, le grand A du Grand Âge à l’  Anarchie pointilleuse, annonce d’une nouvelle internationale : Debout, les Aînés de la terre / Debout les forçats du Grand Âge …

Le temps passe.     Mais passe où      et où ça     passe ?     L’est passé par ici      l’est  passé par là-bas     mais à passer partout   c’est nulle part      passer       Ah sacré nom de dieu

du  dieu temps qui      sous notre nez     pfuit nous fuit !       Le sage dit :             Prends patience du temps qui passe.    Et chante le poète :      « Passent les jours et passent les semaines Ni temps passé ni les amours reviennent ».        L’écrivain  à bout de souffle      à son écritoire piaffant     court    où  ça ?  :      « A la recherche du temps perdu » !      Héraclite      dit l’Obscur       philosophe des Lumières      clame l’irréparable :     « Tout passe ».      Et Qôhèlet         auteur de « l’Ecclésiaste »   fils de David    prononce l’irréfutable :         « Tout est vanité          Il y a un temps pour enfanter et un temps pour mourir        un temps pour tuer et un temps pour guérir      un temps pour pleurer et un temps pour rire      un temps pour aimer et un temps pour haïr      Il y a un temps pour toute chose sous le ciel »*.

Pour toute chose        vraiment ?      Ciel !      En vérité nous        chemin faisant     faisons le plein du temps.      Mais plein du temps      qu’est-ce ?      Mon hypothèse :     Moi     pif sur le réel      n’ayant  d’autre regard que sur     notre  calamiteux  terreux  être-là       et d’autre mesure qu’un      comput d’années       je l’annoncerai       ce tout plein de temps :       Vieillesse.

Enfance passe   et jeunesse passe   et maturité passe    et sénilité passe            Vieillesse ne passe pas     est impasse     est arrêt     est du tard venu      est le nu art de la tare.     J’appelle ici tare en musical tempo la charge d’annuités accumulées      sur l’un des mille plateaux        des balances émouvantes du temps      tare qui     défalqués formatages et cuirassements d’être     et spectres humains      et rats morts      et planches pourries qui vont dérivant     nous offrirait      fléau sublime verticale raison      l’enfin juste bon poids des choses.

Absolu pouvoir du temps      qui gît      hercynique matriciel gisement      en toute chose    à tout s’identifiant      s’identifiant au tout        tant petit tout (toi) que grand Tout (l’Autre).      Temps    à tout est bon    tout est bon en monnaie temps      (« time is money » qu’ils disent)     élan vital où goulûment tètent      éternelles résurgences du Naître    molécules et galaxies.            Et laissons pour un temps      à leur insondable noirceur      les trous noirs où s’en retournent       astronomiques abolis bibelots qui s’auto-abolissent      le Temps et l’Espace copulant à perpète.

Orgastique ô merveille     à peine cela dit    lapalissade      nous voici en voie    et veine    et verve    de verser    à vérité Vieillesse     tout son temps     tout son dû    tout son plein     qui est toujours trop plein de temps     creux trous vides  abîmes  sévices compris.      A toi    ô Vieillir la vie toute    tout notre ici bas Vivre!     Ivres du Vivre soyons     notre seul sensible commun univers    O Vieillesse sévissante    qu’ici au clavier du temps je chante       fabuleux carquois de l’âge grand gris grisé       « la vie est un vin »      fort  des flèches désirs       hardis ardents    vibrant sur arc bandé.

Le tout de notre existence     mystère et p’tite boule d’homme     est c’est sûr tout grièvement grevé de trous         alors  tu peux toujours      petit homme-trou      le projeter dans ces Ciels peuplés d’olympieuses Entités     (situées si très-haut qu’on n’y voit    ô nuées    que dalle !)           le découper en Concepts spray-à-penser        vaporisant des formes cavernicoles       pour pelotage d’intellect      (esprits platoniciens      hantant notre philosophie Caverneuse     êtes-vous là ?)        l’étaler      sensuelle tartine       sur des Concrétudes si opaques    si longues en bouche     qu’on en demeure éperdu      (nie vite    onaniste l’amertume de la perte !)      ou le loger      énergie des Consciences ressourcées en masse cérébrante      dans les circonvolutifs replis de ta tête de petit fiérot       érigé   sapiens sapiens (sur cours-y vite à la rencontre de  ton double !).

Chantons  pour (outre)passer le temps      cet autre temps d’une actuelle Vieillesse en devenir.       A petits pas toujours plus nombreux      s’avance      martèlement sourd

une Vieillesse qui se veut       plénitude      BienVieillance du temps      utopie d’un Vieillir entrant en Bienveillance      Qui, hors elle   au zèle faiblard pourtant      pourrait y prétendre ?        Elle demeure notre  humain   incommensurable      recel  du trésor temps    prodige tel   qu’elle-même          ô pauvre âme refoulante  voix chevrotante  marche claudiquante   artère palpitante   cervelle dévissante           ose à peine      le dénombrer l’inventorier ?

A trop porter charge d’ans     plénitude Vieillesse       à la semblance du  corps du divin Osiris        ce baiseur sans-âge au sexe oxyrhinque*       se démembre    se  morcelle    se disperse       et      blocs de souvenirs     pans de mémoires     grappes d’affects    pièces disjonctées      de s’ébranler dans le branle-bas du grand âge        retrouvant des sens enfouis     insolites      immémoriaux        libertaires        tout prêts        peu l’osent  peu le disent        à s’élancer    pour une extrême aventure      en     âcre lac      « sur l’océan des âges     jeter l’ancre »  des travaux et des jours      pour l’accomplissement de soi.

Toute Vieillesse est entrelacs       enchaînement déchaînement prométhéens    fédération d’îlots en saillie    liés  déliés  reliés  ralliés  palliés  criés  :      Aïe, Ahi,        Archipel du Grand Âge     rugis donc !      chapelet d’îles  s’exclamant    libérées solitaires solidaires.        Pareil au « Bateau ivre » d’un Rimbaud sénescent      (qui l’eût cru)       tu n’es plus guidée par les haleurs       les valeurs-cuirasses ont largué les amarres      et maître tu peux l’être     grand Ancêtre     dans ta propre maison       au foyer crépitant du Soi.     Oui ici vivre ! Encore !     Il convient    en vérité    que sagement dès maintenant      tu y pourvoies      par toutes opportunes voies      prendraient-elles  ma foi      les tangentes hors loi.

Sache  néanmoins  ceci      fil du temps n’est pas mince filet d’eau    de source pure

qu’on nomme     jouvence.     Le fil du temps est une corde à nœuds     et Vieillesse un sacré sac de nœuds.      Vois ces noueuses mains de la Vieillesse       elles se tendent et s’agrippent     s’efforçant de cueillir  au passage       quelques humbles mémorables traces.        Noueux le poing octogénaire      et bientôt centenaire      dressé pour la pugnacité de défilés rageurs        noueuse tout autant la canne      au bois plus vaillant et plus leste  que pesteuse langue      qui maintient  en respect l’agresseur      la giovinezza fasciste.

.           Nouer dénouer     c’est rythme de vie      yin et yang    vibration d’âme.        Et si vibrations il y a        cordes y sont.      Nœuds et cordes     il nous faut les accorder        fantastique programme du grand âge.       Que de nouages   (ô âge à noeuds)   que de tresses   (ô détresses tapies)     à dénouer quand trop noués      à renouer si dénoués          trapézerie d’âme     (quel cirque !)      et plus dure est toujours la chute.

Demeurer en alerte :     nous guette      à chaque filiforme labyrinthique tournant      le Minotaure tueur aux cornes de bêtise        et  fil d’Ariane n’est guère plus qu’esperluette      & nœud coulant & nue cordelette            à passer à l’ingresque gorge d’une Phèdre        foudroyée d’amour      ô perturbation  ma  sœur Âge ne vois-tu rien venir      pour que dure et dure      indéfiniment         la fable d’exister.

Notes

* Cf. Roger Dadoun, Manifeste pour une vieillesse ardente, Grand Âge, âge d’avenir, Zulma, 2007.

* L’Ecclésiaste, dit aussi le Qôhèlet, un des « Ecrits » les plus singuliers de la Bible hébraïque, débute en ces termes : « 1. Paroles de Qôhèlet, fils de David, roi de Jérusalem. 2. Vanité des vanités, disait Qôhèlet ; tout est vanité ! » (La Bible, Emile Osty, Seuil).

* Dans la mythologie égyptienne : la déesse Isis aurait cherché et retrouvé, pour le reconstituer,  tous les morceaux épars du corps de son amant et fils et frère Osiris (assassiné par son frère Seth), à l’exception du sexe, avalé par le poisson oxyrhinque (dit aussi « brochet du Nil »).

paru dans Le Monde Libertaire,  n°1564, 17-23 sept. 2009.
(version réduite).

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