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juillet 22, 2009

A Christophe,

Filed under: Poésie — Roger Dadoun @ 3:54

A Christophe,

l’ami que je n’ai jamais vu

Ah malheur d’exister dans ce monde de malheur !

Et l’amitié l’amitié, ah…

tu t’uses, chère chose, à force de trop servir, rongée,

tu l’es, par paroles mensongères,

regards sournois par toutes brèches plongeant.

Accourez, communs amis-amis communs,

indiens peinturlurés criards,

pour, à nos entours, conduire la danse du scalp,

et réduire, en jivaros, nos deux têtes amies.

.

A l’ami qui vous veut du bien,

oh la vieille antienne,

offrez courbe banane au pelage de tigre,

voyez comme la peau soigneusement il conserve,

c’est à vous oui à vous qu’il la réserve,

et « qu’il vienne qu’il vienne, rêve-t-il, le temps que je m’en serve ».

[Glissons ici, mes bons amis,

non une érectile banane présidentesque,

mais la rime mirlitonesque

riche de verbes en verve,

propice à faire pétiller

ces « amitiés » nadales* – qui crèvent en bulles].

Ainsi en va-t-il, amis : l’amitié est voie royale pour trahison !

Qu’il lève le bras, celui qui m’ose contradiction !

Je lui, illico, renverrait

sacrément un dito d’honneur.

***

Sourde noire toile de fond

désormais déroulée tapis rouge,

pour que nette et claire se détache

la figure de l’ami Christophe disparu,

l’ami que je n’ai jamais vu,

l’ami qui jamais ne trahit

– comment l’aurait-il pu, ô misère,

avec ses seuls mi-mots vers moi émis

et tels que m.a.i.l. – ô merveille – en l’.a.m.i se mue.

Sur Christophe, matricieux tarmac, atterrissaient

mes messages au Monde lib.adressés,

et lui, imparable lecteur, se dressait christophore,

escortant mes anxieux alignements de signes

jusqu’aux rives enchantées allumées du soleil

de l’hebdo lampadophore.

Je guettais l’annonce faite à ma marijuanesque prose :

« Roger : reçu ».

« Merci Roger :».

« Roger : O.K. ». Rasséréné, donc.

Un simple clic sec éclatait en big bang quand,

lion généreux, indemne de superbe,

il se fendait d’un – à rendre tout un chacun pas peu fier –

« Roger : super ».

***

Jeudi 23 avril de ce déjà vieux 2009,

tournant les feuillets libertaires pour en goûter la fragrance,

je tombe sur la grisaille du nom : « Christophe »,

souligné d’un sobre « salut compagnon ».

Et c’est soudain trou noir qui s’ouvre, et bée,

et je me vois nous tous, hébétés,

en ce laid mois de mai,

pareils à noirs moutons bêlant,

bêlant, bouche bée, face au malheur minotaure …

Je crois, Christophe, qu’on ne s’est jamais vus

– sinon peut-être, rare occase, en courants d’air oxygène

entre ces claquantes portes ouvertes

que par tacite accord

nous nous obstinions à enfoncer

de nos frêles épaules solidaires si lasses.

Amitié réduite à l’os,

la plus dure la plus durable qui puisse nous échoir,

réduite à ce plus petit asthénique dénominateur commun:

« ci-joint article » // « ok reçu ».

Et cela suffisait pour que vogue la galère,

galère à voile d’encre de haute mer,

sur laquelle tu n’as cessé de veiller,

sentinelle Christophe,

– « sentinelle perdue » de « L’Esprit de révolte »*,

dis-tu Kropotkine grand pote –

contre vents et marées,

et de galérer,

plus hardi qu’un skipper,

plus prudent qu’un ulysse,

plus affûté qu’un corsaire,

hardie croisée d’os et de lame

sur lumineux drapeau noir.

Roger Dadoun,

1 – 25 mai 2009

* nadales, néologisme risqué, où s’adjective au singulier le nom de Nadeau, mon « ami » du coup de poignard dans le dos (m’éliminant de La Quinzaine littéraire – cf. l’explication dans la revue Cultures & Sociétés, n°10, avril 2009, « Cas Nadeau – ou Kafka ») ; où bée l’espagnol nada, « rien » – une « amitié » réduite à rien, nadale donc ; et où danse, pour qui croit au père « Noël », un Nadale sarde. « Amitié » : serait-ce croire au père Noël ? Quand l’ami trahit l’ami, à la nadale (à la manière de Nadeau, « trotskyste impénitent »), ce n’est pas seulement l’ami trahi qui est atteint et blessé, c’est l’amitié elle-même qui en prend un sale coup, et se retrouve défigurée, souillée – pour longtemps.

* Pierre Kropotkine, L’Esprit de révolte, précédé de « Anarchie trionferà » de Roger Dadoun, Manucius, « Lieux d’Utopie », 2009.

Paru dans le Monde Libertaire hors série n°37, juillet-septembre 2009

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